La guerre des polices
La société Securitas fait de la publicité pour ses services en envoyant du courrier aux communes.
La Fédération suisse des fonctionnaires de police lui reproche de vouloir «jouer à la police». Securitas s’en défend.
En février, la société de sécurité privée Securitas adressait une lettre aux communes du canton de Berne pour promouvoir ses services.
Elle se proposait d’aider en cas de «tapage nocturne, de litiges au sein du couple ou encore de mise en danger de l’ordre public et de la sécurité».
Une démarche qui a fait voir rouge à la Fédération suisse des fonctionnaires de police.
Securitas se défend en expliquant que selon la loi cantonale bernoise sur la police, les exécutifs communaux peuvent effectuer les tâches de la police communale.
Les petites communes sont souvent dépassées, affirme Siegfried Wagner, chef du marketing de Securitas Suisse.
En effet, dans les petites localités qui ne disposent pas d’agent, c’est à un membre de l’exécutif communal d’aller calmer les esprits lors d’une rixe.
«Or, estime Siegfried Wagner, un conseiller communal qui travaille par exemple comme agent commercial n’a pas l’expérience nécessaire. Et c’est là que nous offrons nos services.»
Mécontentement de la police
Secrétaire de la Fédération suisse des fonctionnaires de police, Jean-Pierre Monti n’est pas d’accord.
«Pour intervenir lors d’une bagarre dans un couple, il faut, non seulement l’autorisation de le faire, mais aussi une formation sociale et des compétences professionnelles telles que les propose la police», rétorque-t-il.
M. Wagner rejette les accusations de manque de formation. Pour lui, la formation des agents de Securitas n’est certes pas aussi large que dans la police, mais elle est détaillée.
De plus, c’est l’expérience qui compte avant tout lors de situations délicates.
Des citoyens comme les autres
Les employés de cette société sont des citoyens comme tous les autres qui n’ont pas le droit d’intervenir, relève Jean-Pierre Monti.
Pour lui, la présence d’agents Securitas répand en outre une fausse impression de sécurité. Ils n’ont pas les moyens d’empêcher un cambriolage. Et une fois une effraction commise, ils ne peuvent pas non plus faire un constat des dégâts, explique M. Monti.
Dans son bulletin de juin, la Fédération suisse des fonctionnaires de police reprochait même à Securitas de vouloir s’armer. Ce que juge impensable son secrétaire.
Collaboration avec la Suisse romande
Dans une lettre adressée cette semaine à la Fédération, Securitas se dit étonnée des reproches formulés.
Ses services sont effectués dans le respect des droits et devoirs civils, souligne la société. Siegfried Wagner précise aussi que le port d’armes n’est pas prévu dans les services proposés aux communes.
Le chef du marketing de Securitas Suisse affirme même que les communes s’adressent de plus en plus à la société. Celles-ci veulent également déléguer des tâches moins délicates comme la régulation du trafic, souligne-t-il.
C’est notamment le cas à Lausanne où la police a intensifié l’année dernière sa collaboration avec les entreprises privées.
Securitas a aussi collaboré avec les polices genevoises et vaudoises durant le Sommet du G8.
La situation est d’ailleurs plus simple en Suisse romande, note M. Wagner. Les rapports entre les services privés et publics sont réglés dans les lois cantonales.
Jean-Pierre Monti, lui, se dit heureux que Securitas s’occupe de régler la circulation et que la société collabore avec la police. Rappelant au passage qu’il manque 1500 policiers en Suisse.
Securitas doit donc soutenir la police, relève-t-il, mais ne pas marcher sur ses plates-bandes.
De plus, il se défend de craindre la concurrence: «La sécurité intérieure n’est pas une question de marketing», conclut le secrétaire de la Fédération suisse des fonctionnaires de police.
swissinfo et les agences
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