La justice suisse déterre l’affaire Elf
Les juges français voulaient limiter le scandale Elf à l'époque de François Mitterrand, jusqu'en 1993.
Un juge suisse démontre que la corruption s’est poursuivie avec Philippe Jaffré, PDG d’Elf nommé par le gaulliste Edouard Balladur.
Daniel Devaud est un magistrat pugnace. Depuis deux ans, il enquête sur des ventes d’armes en direction de l’Angola, pays en guerre. La plupart des commissions ont transité par la Suisse. Ses investigations l’amènent à s’intéresser à plusieurs intermédiaires libanais.
Il s’agit notamment d’Ely Calil et de Samir Traboulsi. Le premier, qui habite Londres, a été emprisonné quelques heures en juin dernier à Paris. Son nom serait lié à des commissions dans l’affaire Elf.
Le second est un habitué des chroniques judiciaires françaises, il a déjà été condamné à deux ans de prison. Fait chevalier de la Légion d’honneur à la demande de Jacques Chirac, il est l’ami du Tout-Paris de la politique et de la jet-set.
Des proches de Sani Abacha
De l’Angola, le juge genevois arrive, presque par hasard, sur un autre pays africain, riche en pétrole, le Nigeria. Il découvre que la compagnie Elf a versé 70 millions de dollars en mai et juin 1995 à Genève à deux intermédiaires libanais.
La raison? Les deux hommes sont très proches du dictateur Sani Abacha, au pouvoir au Nigeria de 1993 à 1998. Grâce à ce pot-de-vin, la compagnie pétrolière française a pu signer un contrat d’exploitation de 500 millions de dollars avec la Nigerian National Petroleum Corporation.
Cette découverte par la justice suisse a des conséquences énormes en France. Non seulement elle permet de rouvrir le dossier Elf, fermé au début de cette année, mais elle démontre que les magouilles se sont poursuivies après le départ des socialistes.
Transaction à 16 millions de dollars
En effet, la juge Eva Joly, premier magistrat en charge de l’affaire Elf, avait volontairement limité son enquête à la période 1989-1993. Loïk Le Floch-Prigent, nommé par François Mitterrand, était le PDG de la compagnie pétrolière.
Les 70 millions de dollars de commissions prouvent que les mêmes méthodes se sont poursuivies sous la présidence de Philippe Jaffré, nommé en 1993 par Edouard Balladur, alors Premier ministre.
A Paris, Renaud Van Ruymbeke, le nouveau juge chargé du dossier Elf, a mis en examen (inculpé) le Libanais Samir Traboulsi pour «complicité et recel d’abus de biens sociaux». Il a reconnu avoir perçu 16 millions de dollars dans cette transaction avec le Nigeria.
swissinfo/Ian Hamel
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