La Suisse, champ de bataille entre le Falun Gong et Pékin
Manifestations de protestation et gymnastique dans la rue. Le Falun Gong fait beaucoup parler de lui en Suisse. Le gouvernement chinois réplique en menant une campagne de lobbying. Quant aux autorités helvétiques, elles manifestent une prudence toute diplomatique.
En Suisse, le nombre d’adhérents au Falun Gong est inconnu. L’organisation explique n’avoir que très peu de structures, et aucune liste de pratiquants. Elle estime cependant regrouper quelque 500 membres dans notre pays. Dont deux tiers d’Occidentaux.
Mouvement très bien organisé
Mais le mouvement est plus répandu aux Etats-Unis. En effet, au début des années 1990, Falun Gong s’est fait connaître hors de Chine par les immigrés. Et notamment par les étudiants chinois, particulièrement nombreux outre-Atlantique où le fondateur, Li Hongzhi, s’est d’ailleurs réfugié.
«En revanche, le mouvement est très bien organisé», estime Antoine Kernen, enseignant aux universités de Lausanne et de Genève et spécialiste de la Chine. Beaucoup d’échanges se font par le biais de l’Internet.
Et les informations au public sont multipliées. Comme le confirme Kye Ja Lee, pratiquante genevoise: «partout dans le monde, les pratiquants ont à cœur de présenter la réalité de ce qui se passe en Chine.»
Députés de gauche contactés
Un exemple: en Suisse, plusieurs députés de gauche ont été contactés pour soutenir la marche organisée ces jours par le Falun Gong. A Genève, les autorités cantonales confirment aussi que l’organisation multiplie les demandes d’autorisation de manifester.
Pékin, de son côté, réplique en qualifiant le mouvement, mis hors-la-loi, de «secte». Vrai ou faux? Les pratiquants réfutent catégoriquement cette étiquette. Les spécialistes suisses, eux, se montrent prudents. Ils ne partagent pas tous le même avis.
«Sur place, le matraquage contre le mouvement est d’une violence incroyable», confirme Antoine Kernen. Et ce sinologue de donner un exemple: ce printemps, des émissions de télévision montraient comment les membres de Falun Gong en arrivaient à tuer leurs parents…
Propagande officielle
Cette tactique officielle n’est d’ailleurs pas forcément des plus habiles. Si, en Chine, le mouvement s’est étendu en raison d’une véritable crise sociale, le développement au niveau international, en revanche, «doit beaucoup au gouvernement chinois», estime Antoine Kernen. Médiatisée, la répression chinoise aurait joué en faveur de Falun Gong, qui peut ainsi se poser en martyre.
Retour en Suisse où les autorités chinoises ne sont pas restées inactives. En mars dernier, en marge de la 57e session de la Commission des droits de l’homme, elles ont notamment rencontré deux associations suisses de lutte contre les sectes.
Cité par L’Hebdo, le chef de la délégation chinoise expliquait vouloir «avertir les pays occidentaux des grands dangers que représente Falun Gong et voir de quelle manière leurs experts luttent contre les sectes.»
Contacté ce jeudi, François Lavergnat, président du Groupement de protection de la famille et de l’individu (GPFI), confirme avoir reçu cette délégation. Pour discuter, et échanger des informations.
Intervention officielle
Berne, également, a été approchée, aussi bien par le gouvernement chinois que par le Falun Gong. «Nous recevrons d’ailleurs le mouvement le 23 août prochain», confirme Muriel Berset-Kohen, porte-parole au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
La Confédération ne se prononce pas sur les éventuelles dérives sectaires de l’organisation. En revanche, elle a déjà pris position publiquement en faveur du respect des Droits de l’Homme en Chine. Une préoccupation également affirmée dans le cadre des relations bilatérales entre Pékin et Berne.
Mais le Falun Gong veut plus: «nous demandons le soutien du gouvernement, souligne Kye Ja Lee. Qu’il s’oppose officiellement à cette répression.» Berne, de son côté, explique privilégier les approches constructives aux grandes condamnations politiques. Reste une autre réalité: dans sa politique extérieure, la Suisse a aussi pour objectif de sauvegarder ses intérêts économiques.
Caroline Zuercher
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