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Le procès d’un pilleur de musées amateur d’art

Petite sélections du butin de Stéphane Breitwieser. Keystone Archive

Soupçonné d'avoir commis 174 vols d'objets d'art en Suisse et en Europe, Stéphane Breitwieser comparaît depuis mardi devant le tribunal pénal de la Gruyère à Bulle.

Trois jours de procès pour cerner le profil de ce collectionneur d’art sans le sou.

Le procès du cambrioleur alsacien Stéphane Breitwieser s’est ouvert mardi matin matin à Bulle. L’accusé n’a pas contesté les faits qui lui sont reprochés. En revanche, il a largement contesté la valeur des objets volés.

Le tribunal examine mercredi, pour la deuxième journée consécutive, le long inventaire de peintures, antiquités et objets d’art volés. Le verdict est attendu jeudi.

Sommelier de son état, Stéphane Breitwieser s’est rendu célèbre pour avoir écumé les musées pendant sept ans. Digne d’un scénario de polar, son affaire avait défrayé la chronique l’an dernier.

Ce jeune Alsacien s’était en effet constitué un fabuleux musée personnel. A Mulhouse, il avait fait du petit pavillon qu’il partageait avec sa mère un écrin pour les objets précieux raflés au gré de ses pérégrinations dans les galeries et musées de seize cantons suisses et six pays européens.

Un policier… féru d’art

Il a finalement été arrêté en novembre 2001 au Musée Richard-Wagner de Lucerne, où il était retourné deux jours après avoir volé un cor du 17e siècle.

Ayant trouvé une oreille attentive en la personne du policier vaudois Alexandre von der Mühll, il passe rapidement à des aveux complets. Et cela grâce à cet enquêteur… féru d’art. Ce policier a en effet réussi à gagner sa confiance.

A l’annonce de son arrestation, sa mère, paniquée, avait lacéré des toiles et jeté une centaine d’objets dans le canal Rhône-Rhin.

Un autre procès en France

Finalement, c’est dans le canton de Fribourg, où il a subtilisé sa toute première toile en 1995 – c’était au Château de Gruyère – qu’il sera jugé pendant trois jours.

Une fois que la justice fribourgeoise en aura fini avec lui, un deuxième procès l’attend en France. Il y comparaîtra pour les autres délits et pourrait être jugé plus lourdement puisque 60% des infractions ont été commises à l’étranger.

En Suisse, il risque entre quatre ans et demi et sept ans de détention.

Ce n’est toutefois pas la première fois que ce pilleur d’art passe devant la justice suisse pour vol d’œuvres. En 1997, il avait été condamné à Lucerne, écopant de huit mois de prison avec sursis.

Et cette tendance compulsive à la récidive sera bel et bien l’enjeu de ce procès, de l’avis de son avocat, Me Jean-Claude Morisod.

«Il a montré qu’il souhaitait collaborer avec la justice, en avouant notamment des délits commis il y a longtemps qu’il aurait pu taire. Mais mon client est le premier à douter de pouvoir résister à sa passion.»

Les axes de la défense

Me Jean-Claude Morisod va encore tenter de prouver que son client n’a jamais eu l’intention de s’enrichir personnellement ni de conserver son butin.

Stéphane Breitwieser n’a en effet revendu aucune des pièces volées. L’avocat va essayer de faire passer les 69 forfaits commis en Suisse pour de la soustraction et non du vol.

Les débats devraient alors porter essentiellement sur la personnalité et les motivations de ce passionné d’art et d’archéologie. Passionné au point d’effectuer un travail de recherche et de catalogage digne d’un musée.

Il a même fait restaurer ou restauré lui-même quelques pièces. Des restaurations qui, de l’avis du policier vaudois, n’ont pas toujours été très heureuses. Même si cela prouve le soin qu’il prenait à leur conservation.

La défense va donc s’attacher à décrire l’engrenage dans lequel ce collectionneur hors norme s’est laissé prendre, lui qui n’avait pas les moyens financiers d’assouvir sa passion.

Il aurait même commencé à voler parce que son père, lui-même fin connaisseur, avait refusé de lui laisser une partie de sa collection d’armes anciennes.

Montants contestés

Une bataille de chiffres risque aussi d’occuper le tribunal fribourgeois.

Les prétentions de la partie civile, représentant les galeries et les musées lésés suisses, s’élèvent à 1,6 million. Or, Stéphane Breitwieser conteste ce montant, qu’il estime exagéré.

D’autant qu’il se considère comme étant suffisamment éclairé en la matière pour donner sa propre évaluation. Il estime le montant de «sa» collection suisse à un million de francs.

Il ne faut pas oublier non plus que, sur les 79 objets dérobés en Suisse qui ont abouti dans le canal, 31 ont été retrouvés et pourront être restitués.

Amateur d’art au goût sûr

Fin connaisseur, il ne manquait pas de goût dans ses choix. Ainsi, il privilégiait notamment les pièces des 16e et 17e siècles. Et pas des moindres. Un Breugel, un Watteau et un Boucher faisaient partie de sa collection.

En Suisse, c’est un patrimoine encore différent qui l’intéressait. L’ordonnance de renvoi dresse une liste de 79 objets, ayant pour la plupart une valeur historique. Et pas des plus discrets!

Jugez plutôt: il est parvenu à dérober des objets aussi divers qu’une hallebarde, des toiles, des malettes de médecin contenant des instruments de trépanation, des horloges, des tabatières, un violon, une épée de chasse ou encore des sculptures. Le tout avec une facilité déconcertante.

swissinfo, Anne Rubin

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