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Le procès de la justice genevoise

Devant un Tribunal de simple police, deux bâtonniers et Bernard Bertossa, en fin de mandat, se sont affrontés sur une certaine idée de la justice.

Lundi, au début du procès de Pierre C., un expert jugé pour tentative de corruption, swissinfo titrait «L’arroseur arrosé». Utilisant la même veine, cet article, rendant compte des plaidoiries, pourrait s’intituler «Le gorille a bonne mine».

En effet, 90 % du temps des avocats de Nessim Gaon, Marc Bonnant et Michel Halpérin, anciens bâtonniers, du défenseur de Pierre C., Christian Luscher, et du procureur général, Bernard Bertossa, a été consacré à descendre ou à défendre la personnalité de Laurent Kasper-Ansermet, ancien procureur, et employeur de Pierre C.

Tentative d’extorsion de fonds

Les faits, qui remontent à décembre 1994 (et donc à près de huit ans), sont connus. Laurent Kasper-Ansermet charge un expert indépendant, Pierre C., d’enquêter sur l’empire de Nessim Gaon, le patron de l’hôtel Noga Hilton, et qui connaît des difficultés financières avec ses partenaires russes.

Le problème, c’est que Pierre C., associé à Gérard W., un agent immobilier vaudois, mêlé à de très nombreux scandales, tente de faire chanter Nessim Gaon, lui réclamant 2 millions de francs.

Pour les avocats de Nessim Gaon, l’expert Pierre C. n’est finalement qu’un personnage très secondaire dans ce procès. Il s’agit d’atteindre Laurent Kasper-Ansermet. «C’est un chien fidèle, qui a besoin d’être reconnu par un grand. Il a admiré, il a aimé Kasper-Ansermet», lance Marc Bonnant en parlant de l’expert. En clair, cette tentative d’extorsion de fonds n’a pu être tentée qu’avec la bénédiction du procureur.

Pour lui, c’est un moyen de dénoncer les méthodes de Bernard Bertossa et de ses troupes. «Il veut piéger Nessim Gaon pour rendre service à son maître de dossier, Kasper-Ansermet», souligne encore Marc Bonnant.

Le député libéral Michel Halpérin va dans le même sens. Lors de ses investigations, Pierre C. pousse des «banquiers à violer le secret bancaire», afin de révéler la situation financière de la société Noga, appartenant à Nessim Gaon. Pour l’avocat de Nessim Gaon, la stratégie de Laurent Kasper-Ansermet est limpide : Il s’agit de «détruire partout la réputation» du fondateur de la société Noga.

Acquittement de l’expert

Bref, on est loin de la tentative de corruption dont se serait rendu coupable Pierre C. D’ailleurs, Bernard Bertossa, procureur général du canton de Genève, qui prononce l’un des derniers, sinon le dernier de ses réquisitoires, réclame tout simplement l’acquittement de l’expert !

Situation bien peu fréquente. Le procureur plaide en faveur d’une simple provocation. Pierre C., associé à Gérard W. (qui n’est pas venu témoigner à ce procès !) n’auraient réclamé de l’argent à Nessim Gaon que pour prouver que ce dernier était un corrompu, et non pour s’enrichir.

L’hypothèse est d’autant plus étrange que toute l’enquête tend à démontrer que les sociétés de Nessim Gaon étaient en situation de surendettement. Dans ces conditions, comment le patron du Noga Hilton, qui ne pouvait même pas payer ses impôts, aurait-il pu verser au noir deux millions de francs ?

Une affaire de «pieds nickelés»

Bref, toutes les stratégies restent ouvertes. Pierre C. a-t-il voulu s’enrichir ? A-t-il seulement souhaité compromettre Nessim Gaon avec ou sans le consentement de l’ancien procureur ?

Personne, finalement, n’a souhaité s’intéresser à Pierre C., un personnage trouble, associé depuis de très nombreuses années à Gérard W., présenté par l’un des avocats comme un «truand». Comment un honnête homme pourrait travailler, sans le savoir, avec un individu malhonnête ?

Deux autres protagonistes de cette l’affaire ont été largement cités dans ce dossier. Pascal. A., un ancien journaliste, qualifié de «pied nickelé» dans ce dossier, et son épouse, mentionnée par le procureur général pour avoir fait un «faux témoignage» afin de porter préjudice à Laurent Kasper-Ansermet.

Contrairement à ce que ce procès laissait entendre, on ne saura sans doute jamais s’il y a eu une tentative pour faire chanter Nessim Gaon. La question, qui n’a jamais été véritablement posée, reste: le parquet a-t-il le droit mener des investigations – alors qu’il ne possède pas de preuves – avant de confier le dossier à un juge d’instruction ?

swissinfo/Ian Hamel

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