Le rapport final de la Commission Bergier s’annonce explosif
La publication du rapport final de la Commission indépendante d'experts - Suisse-2e Guerre mondiale (Commission Bergier) s'annonce mouvementée. Prévue en trois étapes, avec à chaque fois une conférence de presse et une prise de position du gouvernement.
Le rapport final, dont la publication étendue sur toute l’année a du coup été confiée non pas à un mais deux éditeurs, sera impressionnant de par son volume: 7’000 pages environ, soit 500 à 600 pour le rapport en tant que tel sur le comportement de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale et 6’000 pages au moins pour la trentaine d’études complémentaires (dont des avis de droit) envisagées jusqu’ici.
Réalisées avec l’aide d’équipes de recherche aux Etats-Unis, en Allemagne et en Pologne, ces études complémentaires sont l’œuvre notamment des quelque trente collaborateurs scientifiques employés en Suisse par la Commission. On en a assez peu parlé jusqu’ici mais leur éditeur, la maison Chronos à Zurich vient – à des fins publicitaires – d’en publier la liste avant même que la Commission ne le fasse. Elle crée ainsi l’événement car cette liste n’était pas vraiment connue et certaines des études qu’elle annonce portent sur des sujets relativement explosifs, un peu oubliés ces derniers temps.
Une étude traite par exemple de l’affaire Interhandel, portant sur les relations controversées entre les industries chimiques suisse et allemande. Une autre porte sur les livraisons d’armes helvétiques à l’Allemagne. Et une autre encore sur le rôle qu’aurait joué la Suisse comme plaque tournante pour le commerce de biens culturels volés par les Nazis. Les éditions Chronos sortiront par ailleurs la version définitive de deux rapports publiés précédemment (à titre «provisoire») par la Commission, l’un sur la Suisse et «l’or nazi», l’autre sur la politique suisse des réfugiés pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Le plan de publication de ces études et du «rapport de synthèse» qu’elles doivent compléter est d’ailleurs assez compliqué, du fait que la publication et confiée à la fois aux Editions de la NZZ et à Chronos. En effet, la Commission a décidé de confier la publication de ses travaux non pas à la Confédération, mais à des privés.
Dans ce contexte, et c’est l’aspect quasi révolutionnaire de cette formidable opération d’analyse critique financée par le contribuable, rappelons que le Conseil fédéral n’a aucun droit d’ingérence dans les travaux de la Commission et qu’en vertu d’un arrêté voté par le Parlement en 1996, il doit publier «intégralement les résultats des recherches». On s’attend cependant à ce qu’il prenne position sur chacune des grandes conclusions des experts.
Michel Walter
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