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Les Arméniens de Suisse demandent que Berne suive Paris

A Paris, des manifestants saluent la décision de la France de reconnaître le génocide arménien. Keystone Archive

Après la reconnaissance par la France du génocide arménien, plusieurs associations demandent au Conseil fédéral de prendre clairement position. Le parlement devrait aborder cette question lors de sa prochaine session au Tessin.

Dans une lettre envoyée cette semaine à Berne, l’Association Suisse-Arménie et le Forum des associations arméniennes de Suisse sollicitent un entretien urgent avec le ministre des Affaires étrangères Joseph Deiss. Ils souhaitent que la Suisse, à l’instar de la France, révise sa position officielle à propos du génocide arménien.

Une position encore réaffirmée récemment par Joseph Deiss. A l’occasion de la visite en Suisse de son homologue turc, le chef de la diplomatie suisse a rappelé à Ismail Cem que la Confédération refusait d’utiliser le terme de génocide pour qualifier les massacres dont furent victimes les Arméniens de Turquie au début du siècle.

Pour autant, à la suite d’une interpellation déposée par la députée Angeline Fankhauser, co-présidente de l’Association Suisse-Arménie, le Conseil fédéral a officiellement condamné en 1995 «les événements tragiques ayant conduit à la mort d’un nombre extrêmement élevé d’Arméniens». On parle de 800 000 et 1 million et demi de personnes, selon les sources.

Cette terminologie officielle n’a depuis lors guère bougé, malgré plusieurs questions ou interpellations parlementaires. En novembre, la Commission de politique extérieure du Conseil national a même transmis au Conseil fédéral une pétition signée par 10 000 citoyens turcs. Collectée par une association turque basée en Allemagne, cette pétition demande également la reconnaissance du génocide arménien.

Seul canton de Suisse à reconnaître le génocide arménien, Genève a aussi demandé à Berne de changer son point de vue. Dans le même but, le député communiste Joseph Zisyadis a déposé un postulat qui pourrait être traité par le Parlement fédéral lors de sa prochaine session en mars.

Pour les quelque 5 000 Suisses d’origine arménienne (dont la plus importante communauté vit à Genève), cette reconnaissance est capitale. Rupen Boyadjian, co-président de l’Association Suisse-Arménie, explique pourquoi: «Ne pas reconnaître le génocide est comme une seconde mort pour notre communauté».

Joseph Zisyadis estime, lui, que la Turquie ne peut prétendre se rapprocher de l’Union européenne sans accomplir ce travail de mémoire.

«Cette question soulève le problème lancinant des minorités en Turquie. Une reconnaissance turque du génocide arménien serait un pas supplémentaire en faveur de la paix pour l’ensemble de la région, en particulier les Balkans», plaide le député vaudois.

Reste que la Turquie fait planer des menaces de rétorsion économique contre les Etats qui reconnaissent le génocide arménien. Rupen Boyadjian relativise la menace: «Les enjeux économiques jouent certainement un rôle majeur. Mais nous pensons que les Turcs ont peu de domaines sur lesquels opérer des rétorsions. Or, la Suisse ne vend pratiquement pas d’armes à la Turquie, un des seuls secteurs où la Turquie peut agir».

Frédéric Burnand

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