Profession: sportif d’élite avec CFC
A l'occasion de cette rentrée 2001, le rêve d'Adolf Ogi prend corps. 49 jeunes gens entament ces jours les quatre ans d'apprentissage qui feront d'eux des hockeyeurs, des footballeurs ou des skieurs avec certificat fédéral de capacité (CFC). Une première européenne.
L’ancien ministre des Sports y tenait par-dessus tout. Avant de quitter le Conseil fédéral, Adolf Ogi a fait adopter au pas de charge cette réforme qui pourrait à terme bouleverser le paysage sportif helvétique. Désormais, le statut de pro du sport peut s’acquérir par voie d’apprentissage.
Un dur labeur
Jusqu’ici, les jeunes qui voulaient tenter une carrière sportive devaient jongler entre l’entraînement, la compétition et la formation. Certes, il existe des filières sport-études. Mais il faut avoir le niveau requis pour entrer au gymnase, ou alors être suffisamment fortuné pour payer les 15 à 40 000 francs annuels d’une école privée.
Pour cette première volée, les apprentis sportifs seront hockeyeurs, footballeurs ou sauteurs à ski. «A l’avenir, nous comptons bien étendre cette possibilité à d’autres sports comme le cyclisme, la natation ou le tennis. Et la Suisse est le premier pays d’Europe à se lancer dans cette voie», souligne Heinz Suter, responsable du projet à l’Association olympique suisse.
A la patinoire de St-Léonard à Fribourg, ils seront dix – âgés de 15 à 18 ans – à entamer lundi leur apprentissage de hockeyeur. Sélectionnés sur des critères sportifs parmi quinze candidats, ils viennent des équipes juniors de Gottéron, mais également de Grindelwald et d’Olten.
Comment les autres jeunes du club vont-ils ressentir la présence de ces «privilégiés» qui seront payés pour ne faire pratiquement que du hockey? «Je ne les nommerais pas privilégiés, corrige leur entraîneur Daniel Bürgi. Ils seront sur la glace dès sept heures du matin et leurs journées seront très dures. Pas de quoi faire des jaloux».
Facteur d’incertitude
«De plus, poursuit Daniel Bürgi, personne ne sait ce qu’il adviendra d’eux si au terme de leur apprentissage ils n’ont pas atteint le niveau de la première équipe ou s’ils n’ont pas été achetés par un autre club. C’est un facteur d’incertitude, qui fait que nombre de nos jeunes n’ont pas voulu se lancer dans l’apprentissage».
Si Gottéron fait office de club pionnier, (son directeur, Roland von Mentlen, a fait partie du groupe chargé d’élaborer le concept fédéral), d’autres formations d’élite ont suivi la voie. En LNA, les apprentis sont huit à Zoug, quatre à Langnau et autant à Rapperswil-Jona. Le HC Viège, qui évolue en LNB, en a également engagé deux.
Parmi les clubs qui forment l’élite du football suisse, St-Gall, Zurich, Aarau, Bâle, Lucerne, Lugano, Neuchâtel Xamax, Genève Servette et Lausanne ont chacun engagé entre un et trois apprentis. «Mon seul souci à propos de ces jeunes footballeurs est que certains sont étrangers et risquent de ne pas pouvoir suivre les cours à cause de la langue», reconnaît Heinz Suter.
Sur des bancs d’école
Car l’apprentissage de sportif n’est pas fait que de sport. Comme tous les candidats au CFC, ces jeunes gens devront aller s’asseoir sur des bancs d’école. Un jour et demi de cours par semaine est inscrit au programme, à Zurich pour la Suisse orientale et à Fribourg (en français et en allemand) pour le reste du pays.
On leur y enseignera les bases théoriques du sport, les dangers du dopage, le droit des contrats, mais également les langues, le bon comportement avec les médias et certaines branches sans rapport direct avec leur orientation première, comme le marketing et l’informatique.
Le but est de faire de leur papier l’équivalent d’un CFC de commerce, afin de faciliter leur réinsertion au terme de leur carrière sur la glace ou dans les stades. Et ceux qui voudraient par la suite faire une maturité professionnelle ou devenir maître de sport pourront également s’y lancer sans difficultés.
Le ski de milice
Parmi cette première volée de 49 apprentis sportifs inscrits dans les clubs, les deux skieurs font un peu figure d’exceptions. D’autant que leur discipline n’est ni la descente ni le slalom, mais le saut. Leur maître d’apprentissage sera le Centre national d’entraînement nordique d’Einsiedeln.
«Nous n’avons pas les moyens, ni humains, ni financiers, d’assurer une telle formation à l’année pour les alpins, reconnaît Lance Kelly, porte-parole de Swiss-Ski. Le ski n’est pas organisé autour d’un club ou d’un stade, c’est un sport où l’on se déplace tout le temps».
On imagine mal en effet un apprenti des Diablerets, qui irait suivre ses cours à Fribourg, passerait sa saison d’hiver aux quatre coins de l’arc alpin et viendrait encore s’entraîner en été sur le glacier de Zermatt. Autant dire que le ski de milice et la formation assurée par les associations régionales ont encore de beaux jours devant eux.
Marc-André Miserez
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