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Qui a peur de la tuberculose?

Les pays appelés à faire plus pour lutter contre la tuberculose. Keystone

La Ligue pulmonaire suisse rejette les allégations d'une augmentation alarmante de cas de tuberculose multirésistante aux portes de l'Europe occidentale.

S’inscrivant en faux par rapport aux positions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’organisation suisse qualifie de «négligeables» les risques d’un foyer infectieux en Suisse.

L’OMS, la Croix-Rouge et une vingtaine d’autres agences et organisations non gouvernementales ont annoncé mardi la création d’une alliance, afin d’améliorer la lutte et de pousser les gouvernements à s’engager davantage.

Chaque année, environ 450’000 personnes contractent la tuberculose en Europe orientale et en Asie centrale et près de 70’000 personnes en meurent, selon la Croix-Rouge. Sur les vingt pays du monde ayant le plus fort taux de tuberculose multirésistante, quatorze se trouvent dans cette zone.

Dans certains pays, le mauvais usage de médicaments anti-tuberculose contribue à la multiplication des cas ultra-résistants. «Si nous voulons défendre la santé publique dans l’Union européenne, nous sommes dans l’obligation de tenir compte de cette alarme à nos portes», déclare Zsuzsanna Jakab, directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

Mais selon Jean-Pierre Zellweger, pneumologue FMH et médecin-conseil de la Ligue Pulmonaire suisse, il n’y a aucune raison de paniquer en Suisse.

«Le problème existe en Europe orientale mais son influence sur l’Europe occidentale, et plus particulièrement la Suisse, est négligeable, dit-il. Nous savons qu’en Allemagne, en France, en Italie et en Suisse, la majorité des cas de tuberculose sont observés chez des populations étrangères et que leur nombre est extrêmement réduit.»

Chute des cas

Jean-Pierre Zellweger indique que le nombre de cas de tuberculose a drastiquement diminué en Suisse ces cinq dernières années. Cette année, près de 500 cas devraient être diagnostiqués et 20% pourraient se révéler infectieux.

Jusqu’à présent, seulement huit cas ont été détectés à la frontière. Et la Suisse est l’un des rares pays européens à contrôler tous ses requérants d’asile.

De plus, selon le médecin-conseil de la Ligue Pulmonaire Suisse, l’argument visant à dire que l’extension en Europe de l’Est augmente le risque de résistance aux médicaments est incorrecte. Les gens malades sont d’ailleurs peu susceptibles de voyager. «Il n’y a virtuellement aucun risque pour la population suisse», conclut-il.

Cette évaluation des risques trouve un écho à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Selon Ekkehardt Altpeter, spécialiste de la santé publique, le problème de la tuberculose est pris très au sérieux par le gouvernement. Il considère cependant que les risques éventuels de résistances aux médicaments ne constituent pas un souci important.

«Les cas de tuberculose multirésistante ne représentent aucun problème en Suisse», confirme-t-il.

Résistance au médicament

Des cas de tuberculose multirésistante ont été enregistrés par l’OFSP durant la dernière décennie, mais leur nombre est resté stable (cinq cas identifiés en 2005).

Malgré une augmentation de l’immigration, Ekkehardt Altpeter n’a constaté aucun changement.

En réponse aux déclarations de la Ligue pulmonaire suisse, l’OMS affirme cependant ne pas exagérer la menace. «C’est une sous-estimation qui demande une rectification immédiate. Les gens doivent comprendre qu’il y a un risque», martèle Mario Raviglione.

Directeur du Département Halte à la tuberculose de l’Organisation mondiale de la Santé depuis 2003, ce dernier rappelle que l’Union européenne possède des frontières avec des pays possédant le plus haut taux de tuberculose multirésistante.

Selon lui, il y a un lien évident entre les épisodes de tuberculose multirésistante en Europe occidentale et les migrations de population. «Nous disons simplement aux gens de se préparer. Comme cela a été le cas pour le SRAS et grippe aviaire, quelque chose va arriver tôt ou tard», conclut-il.

swissinfo, Adam Beaumont à Genève
(Traduction et adaptation de l’anglais: Mathias Froidevaux)

Le centre de compétence tuberculose de la Ligue pulmonaire Suisse se trouve à Berne. Il est finance par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Selon l’OFSP, 593 cas de tuberculose ont été enregistrés en 2004. Près de deux tiers des malades étaient d’origine étrangère.

La résistance aux médicaments est causée par des traitements inconséquents ou partiels, soit lorsque les patients ne prennent pas les médicaments prescrits régulièrement dans une période donnée.

La tuberculose est une maladie contagieuse du système respiratoire. Comme un rhume banal, elle se propage par voie aérienne. Seules les personnes dont les poumons sont atteints peuvent transmettre l’infection.

Au 18e et 19e siècle, celle qui était aussi appelé phtisie était responsable de 25% des décès dans les villes d’Europe. La Suisse était connue à l’époque pour ses sanatoriums destinés à traiter les malades.

Aujourd’hui, près de 1,7 million de personnes meurent de tuberculose dans le monde chaque année. La mortalité la plus forte est en Afrique.

La tuberculose peut être soignée efficacement par la prise de médicaments, comme à Zurich, où a été confirmée mercredi l’infection de neuf élèves par leur professeur.

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