Un juge suisse renonce à se rendre à l’île Maurice pour interroger d’anciens ministres
Marc Tappolet, juge d'instruction genevois, devait se rendre la semaine prochaine à l'île Maurice dans le cadre d'une commission rogatoire internationale. Devant la mauvaise volonté des autorités locales, il vient d'annuler sa visite prévue les 10, 11 et 12 septembre.
L’affaire remonte à l’année dernière. Lors d’un meeting électoral, Navim Ramgoolam, alors Premier ministre de cette ancienne colonie britannique, accuse un homme d’affaires suisse, le Genevois Eric Stauffer, d’être impliqué dans de multiples délits : » abus de confiance, faux dans les titres, vols, harcèlement sexuel «.
Il s’agit de mensonges. Le casier judiciaire de l’homme d’affaires suisse est vierge. Eric Stauffer ne se contente pas de porter plainte à Port-Louis, la capitale de l’île Maurice. Il saisit aussi la justice genevoise. Motif : les accusations du Premier ministre, relayées par la presse locale, sont également diffusées sur Internet. Elles sont donc accessibles dans le monde entier, et notamment en Suisse, son pays natal.
Bernard Bertossa, procureur général de Genève, juge la plainte d’Eric Stauffer pour » calomnie et diffamation » recevable, et ouvre une information judiciaire en août 2000. Le juge d’instruction Marc Tappolet doit donc se rendre à l’île Maurice pour interroger Navim Ramgoolam, aujourd’hui dans l’opposition, ainsi que Xavier-Luc Duval, ancien ministre du Commerce et de l’Industrie, et la Mauritius Broadcasting Corporation.
Neuf mois d’attente
Seulement voilà, la commission rogatoire internationale, envoyée par la Suisse le 5 décembre 2000, n’a reçu une réponse que 9 mois plus tard. Et si les politiciens mauriciens doivent être interrogés les 10, 11 et 12 septembre par un juge local, en revanche le magistrat genevois n’aurait apparemment pas accès aux auditions.
Dans une lettre adressée le 28 août dernier à la division de l’entraide judiciaire internationale de l’Office fédéral de la justice, Marc Tappolet écrit : » je n’ai pas reçu de réponse, ni directement, ni par votre intermédiaire, quant à ma demande de pouvoir assister aux opérations d’exécution de ma commission rogatoire «. Le juge d’instruction genevois a finalement préféré renoncer à ce déplacement dans l’Océan Indien.
Eric Stauffer, qui séjourne actuellement à l’île Maurice, affirme dans une interview donnée au » Mauricien «, le principal quotidien local, que cette annulation préoccupe les autorités locales. L’île, en effet, tente d’échapper à la liste noire des paradis fiscaux non coopératifs. Et le nouveau gouvernement, classé plutôt à gauche, répète son souhait de développer une place » offshore propre «.
Ian Hamel
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