Une campagne anti-Bertossa
Les libéraux genevois viennent de lancer la campagne pour les élections judiciaires du printemps prochain. On les savait réticents vis-à-vis de la politique menée depuis douze ans par le procureur général Bernard Bertossa. On les découvre franchement hostiles.
Le document publié lundi par Le Temps n’est pas le programme du Parti libéral genevois en matière de criminalité économique. Il ne s’agit que d’un travail de réflexion élaboré par des avocats, comme Dominique Poncet, des banquiers, mais aussi des magistrats, et notamment l’actuel procureur Jean-Louis Crochet, qui ne se représente pas en 2002.
Politique volontariste
Il n’empêche, le ton est donné. Cette formation politique propose une lecture totalement différente de la façon de rendre la justice au bout du lac Léman. Elu en 1990, Bernard Bertossa considérait que l’honneur et le crédit de Genève était en jeu. A quoi bon poursuivre les gens qui ne payent pas leur taxe militaire, quand on laisse courir les grands criminels?
Menant une politique résolument volontariste en matière de lutte contre la criminalité économique, le procureur général est à l’origine du fameux «Appel de Genève» de 1996, qui prône la création d’un parquet européen, et d’une collaboration entre tous les pays en matière de justice. Bernard Bertossa, qui n’hésitait pas à prendre la parole dans un Forum d’ATTAC (Association pour une taxation des transactions financières) ne cache guère son opposition à l’évasion fiscale.
Dans une ville championne du monde de la gestion de fortune, une telle vision de la justice ne pouvait que lui attirer de très vives inimitiés. Dans ce document confidentiel, les libéraux demandent clairement que le blanchiment ne soit plus la priorité du futur procureur général, élu en 2002.
Le «devoir de réserve»
Plutôt que de suppléer aux carences de certains Etats étrangers, comme la Russie, le Parti libéral réclame plus d’attention aux infractions locales, et notamment moins de tolérance vis-à-vis des squatters. Par ailleurs, cette formation de droite en appelle à un «devoir de réserve» de la part des magistrats.
Dans les grandes affaires qui secouent la Cité de Calvin (SASEA, Elf), les juges genevois sont régulièrement accusés de glisser des informations aux journalistes.
Il est vrai que les personnes mises en cause sont généralement défendues par des avocats membres du Parti libéral. Présenté par le Parti socialiste en 1990 et 1996, Bernard Bertossa a annoncé qu’il ne se représenterait pas l’année prochaine. La seule candidate affichée est Christine Junod, présidente du collège des juges d’instruction, et membre du Parti libéral.
Ian Hamel
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