Guerre déclarée contre la fusion Migros-Denner
Des fournisseurs des géants suisses de la distribution Migros et Denner veulent combattre par tous les moyens la fusion projetée des deux entreprises.
Ils ont fondé la semaine dernière une organisation de lutte et lancé un appel à leurs collègues les invitant à se joindre au mouvement.
La concentration dans le commerce de détail est en Suisse l’une des plus fortes du monde. Selon la Commission suisse de la concurrence (COMCO), les deux plus grandes chaînes de distribution du pays – Migros et Coop – contrôlent à elles seules 65% du marché.
Or ce chiffre atteint à peine 40% en France et 23% en Allemagne, selon un article récent de l’hebdomadaire suisse alémanique «Weltwoche».
Pas étonnant dans ces conditions que le projet de fusion annoncé en janvier entre le numéro un de la branche, Migros (chiffre d’affaires annuel estimé: 14 milliards de francs) et le numéro 3, Denner (2 milliards) suscite de grandes craintes. Aussi bien du côté des consommateurs que de celui des fournisseurs des deux géants.
Faire part de leurs doléances
Jusqu’ici, ces craintes ne s’étaient guère manifestées publiquement. Les choses sont en train de changer.
La semaine dernière, en effet, sous le nom de «Communauté d’intérêts contre une domination excessive du marché», plusieurs fournisseurs de Migros et de Denner fondé un groupement pour assurer la défense de leurs intérêts. Et faire part de leurs doléances.
Dans un premier temps, ils veulent garder l’anonymat. Mais ils ont publié des annonces dans le prestigieux quotidien zurichois «Neue Zürcher Zeitung». Expliquant leurs inquiétudes. Ils ont demandé aux autres fournisseurs susceptibles d’être touchés de soutenir leur action.
«Nous voulons résister, écrivent-ils et agir par tous les moyens contre un renforcement de la concentration du pouvoir économique et contre la suppression de la concurrence».
Une pression toujours plus forte
Selon Helmut Berg, propriétaire de la société fiduciaire qui représente la Communauté d’intérêts, la domination du marché par les «trois grands» (Migros – Denner – Coop) serait aujourd’hui «écrasante» et beaucoup de fournisseurs auraient peur d’attaquer de front les acheteurs dont dépend souvent leur survie.
Helmut Berg, interrogé par swissinfo, affirme avec force qu’une fusion Migros-Denner mettrait de nombreux fournisseurs dans des situations délicates. D’une part parce que la réduction de la concurrence entraînerait inévitablement une réduction du nombre des fournisseurs.
Mais aussi parce que même si un fournisseur devait ne pas perdre tous ses contrats, il serait soumis à l’avenir à une pression toujours plus forte sur les prix des produits qu’il livre à l’un ou l’autre des deux géants.
Le grand public aussi
Juridiquement, la nouvelle Communauté d’intérêts ne peut pour l’instant agir que modestement car dans un premier temps, il faut attendre que la Commission suisse de la concurrence COMCO donne son avis.
La Communauté va cependant tout faire pour que les préoccupations et les craintes de ses membres soient portées à la connaissance de la Commission. Voire également du grand public qui joue aussi un rôle dans une affaire de ce genre.
Par ailleurs, le président de Promarca, l’organisation suisse qui regroupe les fabricants d’articles de marque dans le domaine des biens de consommation a laissé entendre que son organisation n’excluait pas d’apporter son soutien à l’action de la Communauté d’intérêts.
swissinfo, Michel Walter
Le 12 janvier dernier la Migros, numéro un du commerce de détail en Suisse, a annoncé l’acquisition de 70% du capital-actions de Denner, numéro 3 de la branche.
En vertu de la loi suisse sur les cartels, la fusion des deux géants qu’entraînerait cette transaction doit cependant être approuvée par la Commission de la concurrence COMCO.
La Commission doit notamment déterminer si la fusion projetée «crée ou renforce une position dominante». Elle interroge à cet égard à la fois les concurrents de l’entité projetée, ses fournisseurs et ses clients.
La grande question sera de savoir quelle part du marché du commerce de détail Migros et Denner contrôlent effectivement. Les évaluations varient. Certains parlent de 20%. Mais dans le domaine de l’alimentation, elle friserait les 50%!
La création par la fusion envisagée d’un «duopole » de fait (Migros/Denner – Coop) jouera aussi un rôle important. Un refus de la Commission d’autoriser la fusion ne peut-être exclu.
La procédure n’a pas encore commencé car la fusion n’a toujours pas été officiellement notifiée à la Commission.
Lorsque ce sera fait, probablement au printemps – la Commission aura un mois pour décider si des examens supplémentaires sont nécessaires. Puis quatre mois pour trancher.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.