La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

La Suisse, un pays d’instruments à vent

La dernière édition de la Fête fédérale de musique a eu lieu en 2016 à Montreux.
La dernière édition de la Fête fédérale de musique a eu lieu en 2016 à Montreux. Keystone / Manuel Lopez

Quelque 25'000 musiciens sont attendus cette fin de semaine à Bienne pour la 35e Fête fédérale de musique. Selon les organisateurs, il s'agit de la plus grande fête au monde consacrée aux instruments à vent. Et pourtant, la dimension acquise en Suisse par les fanfares, harmonies et brass bands n'a que peu été étudiée.

«La musique pour instruments à vent est souvent considérée comme démodée», explique Yannick Wey, musicologie à la Haute école des arts de Berne (HKB). Ce cliché a également compliqué ses recherches: pour les musicologues, ce type de musique a longtemps été considéré comme ne relevant pas du «grand art».

Pourtant, les instruments à vent jouent un grand rôle dans la vie de tous les jours en Suisse. De la fête de village à la réception de hauts dignitaires étrangers, de nombreux événements ne sont pas envisageables sans la musique pour instruments à vent. Elle ne fait pas qu’accompagner ces événements; sans elle, ils ne seraient pas complets, souligne Yannick Wey.

Il est d’autant plus étonnant de constater à quel point on en sait peu sur les débuts de cette culture. Cette lacune dans la recherche est pour la première fois abordée de manière systématique dans le cadre d’un projet financé par le Fonds national suisse (FNS).

Avec deux autres chercheurs, Yannick Wey participe à un projet de recherche à la HKB, visant à retracer les débuts de la musique pour instruments à vent en Suisse: les premières sociétés musicales, nées il y a 200 ans, leurs instruments, leurs règles – et la question de savoir comment la Suisse sonnait avant l’apparition des enregistrements sonores.

Plus

Discussion
Modéré par: Zeno Zoccatelli

Avez-vous déjà entendu quelque chose d’«étrange» à propos de la Suisse qui vous a intrigué?

Une anecdote liée à la Suisse vous a interpellé? Faites-nous-en part et nous pourrons peut-être approfondir le sujet dans un article.

87 J'aime
99 Commentaires
Voir la discussion

Un monde différent

Une chose est sûre: un membre des premières sociétés musicales suisses serait très surpris en écoutant ce qui se passe cette semaine à Bienne. Déjà face au nombre des musiciens: à l’époque, une petite société comptait une douzaine de personnes, une grande une trentaine. Aujourd’hui, il n’est pas rare que de grosses formations rassemblent une soixantaine de musiciens sur scène.

En outre, les musiciens de jadis seraient étonnés de l’aspect visuel de nos fanfares, avec leurs uniformes assortis et colorés ou encore leurs directeurs brandissant leurs baguettes.

Les quelques sources existantes relèvent en outre qu’il y a 200 ans, les musiciens étaient principalement de jeunes hommes en âge de faire leur service militaire. Les femmes étaient une exception, même si certaines sources font mention d’ensembles familiaux itinérants ou de clarinettistes connues. De nos jours, la diversité est plus grande en termes d’âge et de sexe, relève Yannick Wey.

La sonorité, elle aussi, a changé. Fanfares, harmonies et autres brass bands recherchent généralement un son homogène et équilibré, avec une fusion des différents registres. Autrefois, cet idéal sonore n’avait rien d’une évidence, selon Yannick Wey. Les différentes sonorités coexistaient de manière plus marquée.

Des «précurseurs»

Les instruments sont en outre beaucoup plus standardisés. «Je peux aujourd’hui aller à une répétition avec un instrument qui a 50 ans et mon voisin a un instrument qui fonctionne en principe la même chose et qui est construit de manière identique. Il y a 200 ans, ce n’était pas le cas», souligne le chercheur.

A l’époque, de nombreux instruments à vent étaient en pleine mutation. Les trompettes à trois pistons, telles qu’on les connaît, commençaient tout juste à être développées. Les clarinettes avaient nettement moins de clés que les instruments modernes et un système de doigté différent.

Les fanfares et les musiques militaires – souvent, une seule et même société musicale remplissait ces deux fonctions – ont été parmi les premières à adopter ces innovations. Elles ont été, selon le mot de Yannick Wey, les «précurseures» d’instruments qui ne se sont souvent imposés que bien plus tard dans les orchestres établis.

Fête fédérale 2011 à Saint-Gall
La fête fédérale de musique est aussi un événemement convivial qui réunit des participants issus de toutes les régions linguistiques du pays. Keystone / Regina Kuehne

Retrouver la sonorité originale

Faute d’enregistrements sonores, on ne peut que reconstituer approximativement le son réel de l’époque. Il existe certes des sources écrites, mais elles évoquent rarement le son lui-même. Ce sont surtout des procès-verbaux, des livres de comptes, des inventaires et des règlements sur les amendes qui ont été conservés.

On apprend qui était en retard, quels instruments ont été achetés, combien ils ont coûté et quelles règles s’appliquaient. Mais on n’apprend pas à quoi ressemblait une répétition.

Les chercheurs ont toutefois découvert à Hundwil, dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, les instruments de toute une fanfare villageoise. Certains ont pu être restaurés, d’autres complétés par des objets comparables. Avec des étudiants, l’équipe de recherche bernoise a tenté de faire résonner à nouveau la musique de cette époque sur ces instruments.

Selon Yannick Wey, cela s’est avéré particulièrement difficile avec les clarinettes. Celles-ci ont en effet radicalement changé depuis le début du XIXe siècle.

Tradition et mutation

Selon Yannick Wey, l’étude de l’histoire de la musique pour instruments à vent montre à quel point celle-ci a toujours évolué. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une tradition figée était, il y a 200 ans, une pratique en constante mutation.

Dans ce contexte, Yannick Wey ne craint pas une disparition des fanfares, si souvent annoncée. Selon lui, les phénomènes culturels connaissent des phases d’essor et de déclin. «Les statistiques des 10 ou 20 dernières années ne m’inquiètent pas encore», assure le chercheur. Certains ensembles perdent certes des membres, mais il existe aussi des contre-exemples. La Stadtmusik Aarau, par exemple, dont Yannick Wey fait lui-même partie, a connu un rajeunissement ces dernières années.

Un événement qui va au-delà de la musique

La ville de Bienne accueille du 14 au 17 mai la 35e Fête fédérale de musique (FFM26). Cette manifestation a généralement lieu tous les 5 ans, mais la dernière édition, qui devait se tenir à Interlaken en 2021, avait été annulée en raison de la pandémie de Covid-19.

Au total, 532 sociétés de musique comptant environ 22’000 musiciens se produiront dans la cité bilingue pour décrocher un titre de champion suisse dans les différentes catégories. Plus de 100’000 personnes sont attendues pour assister aux concerts et prestations des fanfares, harmonies et brass bands. Le budget de l’événement oscille entre 5 et 6 millions de francs.

L’objectif de la fête fédérale de musique est de renforcer les liens entre les régions du pays par la musique, tout en valorisant la culture associative. La première édition a eu lieu en 1864 à Soleure. L’événement n’est pas seulement musical: il est aussi patriotique et festif, à l’image d’autres fêtes fédérales (tir, gymnastique, chant, lutte). La ville qui accueille la fête se transforme durant quelques jours en lieu de sociabilité et de cohésion nationale.

>> Découvrez quel instrument peut être qualifié d’authentiquement suisse:

Plus

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision