Cagnottes pour un proche de Charles Pasqua
C'est au tour de Daniel Léandri, ancien brigadier de police et collaborateur de l'ancien ministre Charles Pasqua, de s'expliquer devant la justice.
Depuis plusieurs années déjà, les juges suisse et français, occupés par la tentaculaire affaire Elf, garde Daniel Léandri dans leur ligne de mire. Ce proche de Charles Pasqua, l’ancien ministre de l’Intérieur, a longtemps perçu presque 21 000 francs par mois comme salarié d’Elf Aquitaine International à Genève. Cette copieuse rémunération correspondait-elle à un vrai travail pour la compagnie pétrolière?
Paul Perraudin, le magistrat genevois, vient de faire une intéressante découverte. En investiguant sur le compte «Mineral» appartenant à Alfred Sirven, l’ex-numéro deux d’Elf, il a découvert qu’un petit million de francs français partait sur un compte appartenant à Daniel Léandri et à son épouse.
Alfred Sirven n’était pas le seul généreux donateur. L’ancien brigadier de police percevait également des fonds de la Société nationale des hydrocarbures du Cameroun. En juillet 1996, Daniel Léandri dispose ainsi de presque 11 millions de francs à l’UEB à Genève. Coquette somme pour un modeste fonctionnaire.
Départ vers la Suisse et la Mauritanie
Le quotidien français Le Parisien révèle alors que l’argent file vers la Banque libano-française de Beyrouth. C’est une première: en général les protagonistes de l’affaire Elf préfèrent les coffres du Liechtenstein ou du Luxembourg, à la rigueur, de discrets établissements des Iles Vierges.
Le collaborateur de Charles Pasqua est un homme prudent. Ses économies ne restent pas longtemps au même endroit. Il déplace rapidement une partie de ses économies dans une autre banque libanaise, la Lebanon and Gulf Bank, et le reste, soit retourne en Suisse, soit prend le chemin de la Mauritanie.
Les juges ont la mauvaise idée de penser que ce curieux circuit servirait à camoufler de l’argent pas forcément honnêtement gagné, et qu’il pourrait servir à alimenter les caisses du parti politique de Charles Pasqua. Daniel Léandri donne une autre version: il n’aurait fait que gérer les fonds d’une personnalité africaine.
Manque de chance: c’est au moins la troisième fois qu’une personne mise en cause dans l’affaire Elf évoque une «personnalité africaine» pour justifier de riches comptes en banque. L’argent ne rend pas forcément imaginatif.
Ian Hamel
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