Des paysans en danger
Les temps sont difficiles pour les agriculteurs suisses. Une exploitation sur trois n'est plus en mesure d'investir et de garantir son avenir.
«Ce qui ne veut pas dire pour autant que ces exploitations sont en danger de mort», relativise Christophe Darbellay, vice-directeur de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Et de préciser: «une exploitation sur trois est bel et bien instable, mais la proportion n’a pas changé depuis l’introduction de la nouvelle politique agricole».
Quelle solution alternative?
Cela dit, la précarisation des exploitations est largement soulignée dans le rapport agricole 2001, présenté lundi à Berne. Et, s’ils veulent rester dans l’agriculture, les paysans affectés devront, coûte que coûte, trouver une solution
Pour Christophe Darbellay, il n’existe pas de réponse miracle. Il faut traiter les problèmes au cas par cas. Mais les solutions alternatives s’articulent autour d’une activité annexe, sinon d’un changement radical au niveau de la gestion de l’exploitation concernée.
Une politique approuvée par le peuple
Une situation qui peut paraître injuste à d’aucuns. Même si le vice-directeur de l’OFAG rappelle que «cette nouvelle politique agricole a été voulue par le peuple et le parlement».
Le bilan établit par l’Office fédéral de l’agriculture illustre d’ailleurs bien les effets de cette nouvelle politique. En effet, 2,7% des exploitations agricoles ont disparu.
Un chiffre que l’OFAG qualifie de «normal». Même si, au plan humain, ses conséquences sont «douloureuses».
Les écarts de revenus se creusent
L’avenir d’un tiers des exploitations agricole est donc plutôt sombre. D’autant plus que l’écart se creuse en matière de revenus. Dans les faits, les grands deviennent de plus en plus riches. Et les petits, de plus en plus pauvres.
«Il est vrai, confirme Christophe Darbellay, que les exploitations qui réalisent les meilleurs résultats, disposent pour leurs dépenses courantes, du double d’argent que les petits.»
«Toutefois, précise le vice-directeur de l’OFAG, ce phénomène n’est pas propre au secteur agricole. Il est aussi constaté dans de nombreuses autres corporations professionnelles.»
Le marché de la viande sous la loupe
Pire, selon le même rapport, l’année 2001 s’annonce encore plus difficile. A tous les niveaux. Et surtout sur le marché de la viande qui a déjà donné des signes de faiblesse au cours de l’exercice 2000. Ces dernières semaines, entre autres.
«Le problème s’est largement amplifié cette année», confirme Christophe Darbellay. Et il faudra bien trouver des solutions qui sont viables à long terme.»
En effet, la concurrence ne fonctionne pas correctement à tous les échelons de la filière. Et les marges s’en ressentent. Par ailleurs, l’augmentation de la production de la viande provoque une situation de marasme et une chute des prix.
Selon Christophe Darbellay, il existe deux solutions pour régler ce problème. Il faut d’abord relancer la consommation auprès des Suisses. Et il faut surtout adapter l’offre. Une politique que les producteurs semblent désormais vouloir pratiquer.
Prestations écologiques accrues
Cela dit, les nombreux problèmes liés à l’agriculture ne doivent pas occulter les bons points obtenus par de très nombreux exploitants. Le rapport publié lundi à Berne souligne d’ailleurs les grands efforts qui ont été réalisés au plan écologique.
Pour preuve, aujourd’hui, 95% des exploitations observent les règles de l’agriculture intégrée. En clair, elles ont sensiblement diminué l’utilisation d’engrais. Mieux, les exploitations dites biologiques ont augmenté de 3%, atteignant le chiffre de 4900 en l’an 2000.
Jean-Louis Thomas
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