Interrogations autour des rendez-vous économiques planétaires
A Genève, l'OMC prépare fébrilement sa réunion de novembre à Doha, au Qatar. Elle veut éviter un second Seattle. De son côté, le Forum économique de Davos parle de se réunir ailleurs qu'en Suisse. Ici et là, même si on s'en défend, on devine le spectre des tragiques événements qui ont marqué le récent sommet du G8 de Gênes.
«Doha ne doit pas être une réunion de routine de plus». Parole de Mike Moore, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, qui, en ce début de semaine, avait convoqué à Genève les représentants de ses pays membres pour donner un coup de fouet aux préparatifs du rendez-vous de novembre.
C’est que, deux ans après l’échec de Seattle, l’OMC s’interroge encore sur la meilleure manière de lancer un nouveau cycle de négociations commerciales à l’échelle mondiale. Mike Moore craint le pire, si on ne prend pas le taureau par les cornes. Car les problèmes seront toujours plus difficiles à résoudre.
Il faut dire aussi que les négociations sont de plus en plus complexes, constate le chef de la délégation suisse, Luzius Wasescha, qui fait remarquer qu’aujourd’hui il n’y a plus seulement dix ou vingt acteurs sur la scène, mais une bonne centaine.
«Certes, on assiste à un dialogue constructif entre l’Europe et les Etats-Unis, mais les pays en développement se partagent désormais en plusieurs mouvances, selon l’importance de leurs marchés, de leurs exportations ou de leur niveau de développement.» Toute discussion prend dès lors beaucoup de temps.
La réunion de Doha pourrait-elle être remise en cause? Non, dit-on, sauf événements politiques imprévus. L’OMC, en allant au Qatar, s’est à peu de frais mise à l’abri des manifestations. Le risque est ailleurs, c’est-à-dire dans le contexte de crise du Proche-Orient.
Le Forum économique ailleurs qu’à Davos?
Coïncidence, sans doute: les organisateurs du Forum économique de Davos n’excluent pas la possibilité de tenir congrès ailleurs que sur territoire suisse.
André Schneider, son directeur administratif, se veut toutefois rassurant. L’an prochain, le célèbre rendez-vous annuel des décideurs sans frontières aura bel et bien lieu à Davos. «Les participants se sont déjà inscrits, déclarait-il lundi sur les ondes de la Radio suisse romande. L’organisation tourne déjà à plein pot. Et nous avons déjà toutes les réservations».
Le World Economic Forum, précise André Schneider, a un très fort enracinement en Suisse. S’il a fait part d’autres éventualités aux autorités de la Confédération, comme à celles des Grisons, où se trouve Davos, ce serait «pour permettre à tout le monde de s’exprimer sur le bien-fondé du choix de rester en Suisse».
Le même jour, dans les pages du quotidien français Libération, Klaus Schwab, fondateur et organisateur du Forum, soulignait d’ailleurs le rôle unique du WEF en tant que rassembleur au plus haut niveau. Mais il n’évoquait cependant nulle part l’hypothèse d’un déménagement.
Rechercher de nouvelles méthodes de dialogue
L’OMC et le Forum de Davos à l’heure des interrogations? Les grands rendez-vous économiques planétaires subiraient-ils déjà les contrecoups des graves événements récemment survenus à Gênes, en Italie, lors du Sommet du G8? De part et d’autre, on le dément.
Qu’en pense Luzius Wasescha, lui-même originaire du canton des Grisons? L’abandon de Davos, confie-t-il à titre tout à fait personnel, serait extrêmement regrettable, «une perte nette pour la Suisse».
Comme «démocrate invétéré», le chef de la délégation suisse à l’OMC serait choqué d’une telle décision. Ce qui s’est passé dans les rues de Gênes l’effraie. De plus, selon lui, tant de violence a pour conséquence de détourner l’attention de revendications qui peuvent s’avérer légitimes.
Luzius Wasescha reste cependant serein. Car il croit à la noblesse des motivations de la majorité des manifestants. Il lui paraît, en outre, assez normal que les malaises du monde s’expriment à l’occasion de ces rendez-vous.
Reste que gouvernements et protestataires devraient apprendre à se parler. Autrement dit, à inventer de nouvelles formes de dialogue.
Bernard Weissbrodt
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