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Le cervelas, la «saucisse nationale suisse»

Cervelas grillé dans une assiette avec une croix suisse.
Déguster un cervelas grillé lors de la fête nationale du 1er Août; difficile de faire plus suisse. Keystone / Peter Klaunzer

À l’étranger, on vous a peut-être déjà demandé quel était le «plat national suisse». Difficile de répondre, tant les spécialités culinaires sont le plus souvent liées à un canton ou une région. Mais le cervelas pourrait être un prétendant sérieux au titre. Ce petit cylindre trapu, rosé, sans chichi, mais riche en histoire, trône depuis plus d’un siècle dans les assiettes, les sacs à dos, les grillades et, parfois, dans les discussions étonnamment passionnées des Suisses.

Avec la fondue, la raclette, le chocolat et les röstis, le cervelas est souvent cité comme étant l’un des produits culinaires des plus emblématiques de la Suisse.

Mais la fondue et la raclette sont des produits très locaux qui n’ont connu une diffusion nationale que depuis le milieu du 20e siècle, sous l’effet conjugué du marketing de l’industrie du fromage et de la propagation d’une identité nationale construite autour du mythe d’une «nation alpine». Quant au chocolat, il ne s’agit que d’un produit transformé dont l’ingrédient principal, le cacao, ne pousse pas en Suisse.

Avec les röstis, le cervelas reste donc l’un des plus sérieux candidats au titre de «plat national». Plusieurs arguments jouent en sa faveur. Tout d’abord une très longue tradition.

«Aucune région n’est à même d’en revendiquer la paternité»

Des saucisses de type cervelas sont mentionnées dans la littérature culinaire depuis le 16e siècle. Quant au cervelas moderne, il apparaît dans le registre du boucher au 19e siècle déjà.

L’une des particularités du cervelas, c’est qu’«aucun canton, aucune région n’est à même d’en revendiquer la paternité», note le Patrimoine culinaire suisse. Un bon point donc pour en faire une star de la gastronomie suisse.

Mais l’argument le plus convaincant, c’est qu’il est largement répandu et consommé dans l’ensemble du pays. Cette diffusion massive trouve ses racines au début du 20e siècle, grâce à la généralisation du hachoir mécanique, qui a permis d’écouler cette saucisse en grande quantité et à un prix modeste.

Une «saucisse passe-partout»

Depuis lors, le cervelas s’est imposé partout. «Si je devais retenir un seul produit qui est suisse par excellence, ce serait le cervelas; tout le monde le consomme, dans toutes les régions», déclarait à Swissinfo Olivier Girardin, président de l’association Patrimoine culinaire suisse.

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Un avis partagé par Joseph Zisyadis, directeur de la Semaine du goût. «Le cervelas, c’est ce qui fait le lien confédéral. C’est la saucisse qu’on prend dès le plus jeune âge, lors des pique-niques et des colonies de vacances. C’est un peu une saucisse passe-partout», déclarait-il dans une émission de consommation de la RTS, consacrée au cervelas.

Ce succès est confirmé par les chiffres de la consommation. Selon une estimation récente (2026) largement reprise par les médias, quelque 160 millions de cervelas sont produits annuellement en Suisse, ce qui correspond à une consommation moyenne d’environ 20 pièces par personne et par an.

Le cervelas est notamment devenu un produit incontournable des grillades de l’été, en particulier lors de la fête nationale du 1er août.

Sujet à polémique

Il peut même servir à créer la polémique. Ainsi, lors de la dernière fête nationale, le président de l’UDC Marcel Dettling avait fait griller un cervelas fiché au bout d’une hallebarde, arme symbolique de la résistance helvétique, sur un feu alimenté par les pages de l’accord entre la Suisse et l’UE.

Mais en matière de cervelas, nul besoin de s’aventurer sur le terrain glissant de la politique pour susciter la polémique. Les Suisses adorent tellement leur saucisse nationale qu’ils peuvent débattre sans fin sur des questions qui peuvent au premier abord sembler bien futiles. La plus fréquemment débattue: Faut-il griller son cervelas avec ou sans la peau?

Cervelas en train de griller sur un feu
Comment fendre son cervelas pour le griller? Pour beaucoup de Suisses, la réponse est évidente. Keystone

Et le débat ne s’arrête pas là. Doit-on fendre ou non un cervelas pour mieux le griller? Et le cas échéant, doit-on le fendre en ligne ou seulement ses extrémités sous forme de croix? Le cervelas est-il meilleur cru ou grillé? L’accompagne-t-on de moutarde ou de mayonnaise? Bref, la liste est longue…

Pas de trace de cervelle dans le cervelas

Il n’existe pas de recette «officielle» du cervelas. Pour autant, cette saucisse repose partout sur la même base. C’est un mélange fait essentiellement de viande de porc (environ 50%), complété par un peu de bœuf, du lard et des couennes, qui assurent sa texture caractéristique.

En revanche, contrairement à ce que laisse entendre l’étymologie de son nom, pas de trace de cervelle; et cet ingrédient est de toute façon interdit depuis la crise de la vache folle.

Entre 2006 et 2008, la crise de la vache folle a donné des sueurs froides aux amateurs de cervelas. Le problème venait des boyaux naturels, indispensables pour donner au cervelas sa texture et sa tenue. Ceux-ci venaient alors quasi exclusivement du Brésil, mais les autorités suisses ont interdit son importation pour des raisons sanitaires.

Ce manque de boyaux, qui menaçait l’existence même du cervelas, a été vécu comme un drame national. Amplement commentée dans les médias de l’époque, cette pénurie a même suscité des interventions parlementairesLien externe sommant le Conseil fédéral de réagir.

Finalement, l’importation a pu reprendre sous des conditions très strictes, et la célèbre saucisse a pu être sauvée. De nos jours, la plupart des boyaux à cervelas viennent encore du Brésil, mais désormais, les producteurs se fournissent aussi en Uruguay, en Argentine ou au Paraguay.

Le cervelas exige un segment précis de l’intestin grêle de bœuf et la Suisse n’en produit tout simplement pas assez pour garantir un approvisionnement stable. Le cheptel bovin est trop petit, les abattoirs trop dispersés, et les volumes récupérables trop faibles pour alimenter une filière dédiée.

On ajoute à ce mélange carné de l’eau ou de la glace, qui permet de maintenir la température basse lors du hachage et d’assurer une bonne liaison, ainsi qu’un mélange d’épices qui inclut souvent poivre, girofle, coriandre, muscade et ail. Tous les cervelas utilisent aussi du sel nitrité, indispensable pour la coloration rose et la conservation.

Autant de recettes que de boucheries

Mais si la base est la même, chaque boucher peut y ajouter sa touche personnelle. La variation intervient principalement au niveau des proportions des mélanges et aussi du choix des épices.

La différenciation intervient aussi lors de la rubéfaction (rougissement) et du fumage, des étapes qui permettent de donner au cervelas sa couleur rosée et son goût et de le conserver. Le fumage se fait avec des copeaux d’épicéa et un mélange de foyard et de mélèze. Et là aussi, une variation dans le mélange ou l’utilisation d’autres sciures donne un goût différent.

En fin de compte, selon les choix faits lors du processus de fabrication, on peut arriver à des cervelas aux goûts très différents.

Pas encore prêt pour briller à l’international

Ces différences donnent lieu à des comparaisons et des classements. Un concours national, le swiss-cervelas-summitLien externe a même été instauré en 2024. Ce concours, dont la troisième édition s’est déroulée au début du mois de mars, permet de désigner le «meilleur cervelas de Suisse».

Ce genre d’événement pourrait prêter à sourire, mais l’affaire est plus sérieuse qu’il n’y paraît au premier abord. Même s’il est récent, ce concours bénéficie d’une large couverture dans les médias. Et autre preuve de l’importance du cervelas pour les Suisses, des membres du Conseil fédéral n’hésitent pas à faire le déplacement. Guy Parmelin avait participé aux deux premières éditions et les prix de l’édition 2026 ont été remis par Albert Rösti.

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Mais s’il est une superstar en Suisse, le cervelas a davantage de peine à convaincre à l’étranger. Le dernier classement mondial des meilleures saucisses publié par le portail gastronomique TasteAtlasLien externe le confirme cruellement: la Suisse n’y apparaît que trois fois, et son cervelas ne dépasse pas une modeste 56ᵉ place.

Même la saucisse de Saint‑Gall, meilleure représentante helvétique, ne dépasse pas le 23ᵉ rang, tandis que le schüblig ferme la marche à la 95ᵉ place. Pendant ce temps, les traditions portugaise, polonaise ou basque trustent le podium, et l’Allemagne voisine aligne pas moins de 18 spécialités dans le Top 100.

Salade géante

Qu’il s’agisse de fondue, de raclette, de chocolat ou de röstis, tous les produits phares de la gastronomie suisse font régulièrement l’objet de records. Dernier exemple en date: à la mi-mars à Fribourg, où 977 personnes ont dégusté 48 kilos de chocolat. Ce record mondial est désormais en attente d’homologation.

Dans cette course aux records, le cervelas est beaucoup plus discret. Mais un exploit est tout de même à mettre au crédit de la saucisse préférée des Suisses. La plus grande salade de cervelas au fromage du monde a été réalisée en septembre dernierLien externe sous l’impulsion du détaillant Lidl. D’un poids total de 264,5 kilos, elle contenait 96 kg de cervelas, 80 kg de fromage et 32 kg d’oignons.

Après validation par le Guinness World Records, cette salade géante a été partagée en 2000 portions et distribuée gratuitement au public de la grande foire d’automne de WeinfeldenLien externe, dans le canton de Thurgovie.

Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg

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Modéré par: Zeno Zoccatelli

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