La jungle de la téléphonie mobile
Un réseau unique pour les portables de demain. L'idée est bonne. Mais les opérateurs ont déjà commencé à ériger leurs antennes, en ordre dispersé.
«Davantage de concurrence et moins d’antennes». Sous ce titre, la Fondation Avenir Suisse présentait lundi trois études sur les réseaux qui véhiculeront bientôt la téléphonie mobile de la troisième génération, dite également UMTS (Universal Mobile Telecommunication System).
D’ici à quelques années, le portable tel que nous le connaissons risque de faire figure d’ancêtre à côté de l’UMTS. Fruit des noces de la mobilité et de l’Internet, son écran de la taille d’un paquet de cigarettes permettra de surfer «comme à la maison» et même voir son interlocuteur via une mini-webcam.
Reste à savoir à quel prix… Dans la plupart des pays européens, les licences d’exploitation pour cette technologie du futur ont été vendues aux enchères et certains opérateurs y ont englouti de véritables fortunes, qu’il faudra bien amortir un jour.
Une société commune aux quatre opérateurs
En Suisse, les choses se sont passées plus calmement. Swisscom, Orange, Sunrise et Telefonica n’ont eu «que» 50 millions de francs à débourser chacun pour obtenir l’un des précieux sésames.
Il n’empêche: Avenir Suisse craint que la construction de quatre réseaux distincts ne coûte bien trop cher et ne fasse prendre à la Suisse un retard considérable, tout en la couvrant d’une nouvelle forêt d’antennes.
La Fondation – sorte de laboratoire d’idées financé par treize des plus grosses entreprises du pays – a mandaté un groupe d’experts pour plancher sur la question.
Selon eux, la solution réside dans la constitution d’une société commune aux quatre opérateurs, qui serait chargée de construire et d’exploiter un seul et unique réseau. Les fournisseurs d’UMTS se livreraient ensuite concurrence uniquement sur les produits.
Une entreprise unique par favoriser la concurrence? «Le paradoxe n’est qu’apparent, explique Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse. Prenez les constructeurs automobiles, ils ne se battent pas sur les performances du réseau routier, mais sur celles des voitures qui circulent dessus».
«Rien de nouveau»
Le moins que l’on puisse dire est que l’idée n’a pas séduit les opérateurs téléphoniques, regroupés au sein de la SICTA (Association suisse des télécoms et des technologies de l’information). Dans un communiqué diffusé lundi, celle-ci dit sèchement ne pas vouloir entendre parler de retour à une situation de monopole.
Plus généralement, les opérateurs jugent que les propositions des experts d’Avenir Suisse «n’apportent rien de nouveau». Elles «ne constituent pas une base de discussion» et doivent à ce titre être purement et simplement repoussées.
«Ces propositions sont louables, mais elles arrivent avec deux ou trois ans de retard», admet, plus diplomate, le porte-parole de Swisscom Christian Neuhaus.
Car Swisscom et les autres ont déjà commencé à construire leur réseau d’antennes UMTS. Et comme pour le GSM, ces installations sont partagées à plusieurs partout où cela est possible
Une antenne tous les 100 mètres
Pour les opérateurs, le vrai problème est ailleurs. La nouvelle Ordonnance suisse sur les rayonnements non ionisants (ORNI) est probablement une des plus sévères au monde. Elle complique sensiblement l’érection de toute nouvelle antenne téléphonique.
«Pratiquement chaque commune interprète l’ORNI à sa manière, déplore Christian Neuhaus. Et cela nous empêche souvent de nous mettre à plusieurs sur la même antenne».
Si l’on prend l’exemple d’une ville densément peuplée, il faudra pratiquement y installer une antenne tous les 100 mètres. Et comme l’ORNI prend en compte la puissance maximale de chaque antenne, il n’est pas question de la «booster» pour y faire passer les communications de plus d’un opérateur.
Sur ce point au moins, la SICTA est d’accord avec Avenir Suisse: la législation ne devrait pas se baser sur une puissance maximale (qui en pratique n’est presque jamais atteinte), mais sur une puissance moyenne. Surtout pour l’UMTS, dont le rayonnement est paradoxalement plus faible que celui du GSM.
Pas avant 2004
Malgré ces embûches, Swisscom et ses concurrents affirment aujourd’hui être en mesure de remplir leur mandat d’ici à la fin de l’année. La concession UMTS les oblige en effet à atteindre dans les neuf prochains mois une couverture de 20% de la population suisse.
«Cette couverture restera purement technique», précise toutefois Christian Neuhaus. Ce qui signifie que personne ne pourra se servir d’un portable UMTS dans les zones couvertes. Simplement parce que ces appareils… n’existent pas encore.
Selon le porte-parole de Swisscom, les fabricants prévoient l’arrivée de grandes séries d’ici à l’année prochaine. Ce qui fait dire prudemment au géant bleu que ses abonnements UMTS ne seront pas disponibles avant 2004.
swissinfo/Marc-André Miserez
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