La Suisse n’a pas peur des crises des temps modernes
Le temps des réserves de guerre est bien terminé. Et la Suisse a complètement réorganisé sa stratégie d'approvisionnement en cas de crise.
Il est bien fini le temps où la Suisse abritait des tonnes de nourriture au cœur de ses montagnes. Abandonnée, également, l’idée d’autarcie totale en cas de guerre.
Le principe de réalité a fini par prévaloir. La Confédération a dû procéder à une refonte totale de sa stratégie d’approvisionnement en cas de crise. En prenant, cette fois, en considération de nouveaux paramètres, comme la fin de la guerre froide et la globalisation de l’économie.
Nouvelle époque, nouvelle stratégie. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE)met en consultation sa nouvelle vision jusqu’au 5 avril. Et en principe, une nouvelle ordonnance entrera en vigueur le 1er juillet de cette année.
«Le risque d’une grande guerre paralysant le pays est pratiquement exclu», affirme Michael Eichman, chef de la section juridique de l’OFAE.
La Suisse demeure très dépendante
Avant la dislocation du bloc communiste, en effet, les autorités pensaient encore pouvoir transformer le pays en réduit national et le rendre entièrement autonome pour de longues périodes. Une politique qui a démontré ses lacunes, à l’enseigne du fameux plan Wahlen qui devait nourrir le pays en complète autarcie, durant la Seconde Guerre mondiale.
Et Michael Eichman de rappeler que «la Suisse ne dispose pratiquement pas de matières premières. Elle est totalement dépendante en matière d’énergie. Une dépendance renforcée par l’absence d’accès à la mer».
Il faut, dit-il en substance, tenir compte de l’apparition de nouveaux problèmes, liés essentiellement aux nouvelles donnes politico-économiques de la planète et à la globalisation des marchés.
Aujourd’hui, la Suisse ne craint plus de longues périodes de crise. Elle devra faire face à des situations d’urgence plus intenses et plus courtes, comme une catastrophe ou une épidémie.
«C’est donc dans le sens de la rapidité de réaction que nous avons travaillé, précise Michael Eichman. Car en cas de crise, nous devons garantir 2300 calories et 2,5 litres d’eau par jour et par habitant.»
Et pour pouvoir assurer cette mission, l’Office a défini des priorités dans sa nouvelle stratégie. «Le secteur de l’approvisionnement sera séparé en deux», explique Michael Eichman».
En l’occurrence, le premier secteur sera chargé de garantir les réserves en alimentation, énergie et médicaments. Le second secteur, lui, aura pour tâche d’assurer les infrastructures pour les transports, la production industrielle, ainsi que la communication.
On ne peut exclure une catastrophe majeure
Par ailleurs, le nombre de miliciens mobilisables en cas de crise est revu à la baisse. Il passe de 500 à 200 personnes. Ils représentent tous les secteurs d’activité concernés, soit l’alimentation, la médecine et l’industrie.
«Quoiqu’il en soit, en cas de crise, la Suisse pourrait nourrir sa population durant plus de 15 jours, affirme Michael Eichman. Ce qui nous laisse une grande marge de manœuvre pour démarrer une opération.
Cela dit, cette nouvelle politique n’est-elle pas dangereuse, en cas de guerre totale ou de catastrophe nucléaire de grande envergure? «Le risque est très faible de voir le pays complètement isolé par une guerre, répond le juriste. Et d’ajouter «le fonctionnement actuel du système économique mondial n’implique normalement pas l’isolement d’un pays.»
Cette vision relativement optimiste n’exclu pas une certaine prudence au nom du principe de précaution. En effet, l’OFAE garde dans ses tiroirs des solutions en cas de grandes pénuries. Des solutions, parfois drastiques, qui passeraient notamment par le rationnement des populations.
Jean-Louis Thomas
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.