La neutralité comme stratégie
Chère lectrice, cher lecteur,
Dimanche dernier, l’initiative sur la neutralité a été très largement rejetée, à plus de 70% des voix. Rien ne change donc.
Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement? La neutralité suisse est reconnue dans le monde entier, mais rares sont les personnes qui la décrivent de la même façon. Et cela ne vaut pas seulement pour l’étranger: en Suisse aussi, la notion de neutralité fait débat.
Sur le plan de la politique intérieure, c’est un avantage. La neutralité est un dénominateur commun sur lequel une immense majorité de la population peut s’accorder. Sans doute précisément parce que chacun y projette quelque chose de différent.
Sur le plan de la politique étrangère, cela pose un problème. L’attitude de la Suisse est facilement critiquable. Tantôt on lui reproche de ne pas être «vraiment» neutre, tantôt on lui reproche de se «cacher» derrière sa neutralité. Cela l’expose à des critiques émanant de toutes parts.
Cette capacité de projection n’est cependant pas nécessairement une faiblesse, car elle offre à la politique suisse une certaine marge de manœuvre.
Il existe en politique un concept appelé ambiguïté stratégique. Il consiste à laisser l’adversaire dans l’incertitude quant à la manière dont on réagirait face à une situation donnée. On peut citer comme exemples la politique des États-Unis vis-à-vis de Taïwan («Les États-Unis viendraient-ils en aide à l’île en cas d’attaque?») ou encore la doctrine nucléaire française («Dans quelles circonstances la France recourrait-elle à l’arme nucléaire?»).
La neutralité n’en est pas directement une illustration. La Suisse mène une politique étrangère largement cohérente, dans laquelle ce principe joue un rôle structurant. Mais le gouvernement a toujours considéré la neutralité comme un moyen, et non comme une fin en soi. Dans les situations internationales délicates, elle n’est donc qu’un des nombreux facteurs pris en compte par les autorités. C’est toutefois un argument auquel elles font souvent référence pour justifier leurs décisions.
Ce point a d’ailleurs occupé une place centrale dans le débat sur l’initiative évoquée plus haut. Restreindre la neutralité aurait eu pour conséquence de limiter la marge de manœuvre du gouvernement. Quant à l’abandon, dans une large mesure, des sanctions, il aurait constitué une renonciation unilatérale à un instrument de politique étrangère. Manifestement, une nette majorité n’en a pas voulu et a préféré préserver la flexibilité de la Suisse sur la scène internationale.
Car qui ne se fixe pas à l’avance ne peut pas ensuite être pris au mot.
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