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Pour la presse internationale, le rejet de l’initiative sur la neutralité révèle une Suisse moins isolationniste

RT
Alors que le média d’État russe RT a tenté d’influencer la campagne, le jour des résultats, il s’est contenté d’attribuer son échec à la stratégie de ses partisans. Keystone


Maintien des sanctions contre la Russie, refus de l’isolationnisme et alignement sur le bloc occidental: l’échec cuisant de l’initiative sur la neutralité trouve un large écho dans la presse internationale.

L’issue du scrutin de dimanche a attiré l’attention des médias russes et ukrainiens. Les deux pays en conflit étaient directement concernés puisque l’acceptation du texte aurait rendu caduques les sanctions prises par la Suisse à l’égard de la Russie en 2022.

La plupart des titres se sont cependant limités à une couverture plutôt factuelle, tout en présentant le rejet d’une neutralité plus stricte comme un moyen de préserver la capacité de la Suisse à se joindre aux sanctions contre Moscou. «Les Suisses ont rejeté la neutralité perpétuelle et l’interdiction des sanctions», titre par exemple le média en ligne Fontanka.ruLien externe, basé à Saint-Pétersbourg.

«La neutralité n’est plus ce qu’elle était»

Les médias de propagande russes se sont, eux aussi, gardé de présenter le résultat comme un revers pour les intérêts de Moscou. RTLien externe, média financé par l’État russe qui s’est largement immiscé dans la campagne en publiant de nombreux articles sur le sujet, a préféré mettre en cause la stratégie des partisans du texte: «Cette défaite soulève des questions sur la conduite de la campagne, l’utilisation des moyens financiers et la couverture médiatique.»

Cela correspond à la ligne suivie par RT avant la votation: le média avançait que l’initiative pourrait constituer un succès politique même en cas de défaite dans les urnes, en relançant le débat sur la neutralité, les sanctions et les relations de la Suisse avec l’Occident.

Le quotidien KommersantLien externe, aux mains d’un oligarque russe qui figurait encore jusqu’à fin septembre sur la liste européenne des personnalités sanctionnées, titrait quelques jours avant le scrutin: «La neutralité n’est plus ce qu’elle était». Après le vote, le journalLien externe s’intéresse notamment aux conséquences du maintien des sanctions pour les Russes ayant des avoirs en Suisse. Il cite Ilia Rachkov, avocat russe spécialiste du droit international: «La pratique des banques suisses en matière de sanctions à l’égard des personnes titulaires d’un passeport russe restera inchangée.»

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«Les Suisses ne veulent pas faire de câlins à Poutine»

De nombreux autres médias internationaux ont centré leur couverture sur la question des sanctions. Le Financial Times Lien externesouligne l’importances de la décision du peuple pour les milieux économiques. «Pour de nombreux acteurs des milieux économiques suisses, fortement tournés vers l’international, s’aligner sur les sanctions occidentales relevait du pragmatisme», relève le quotidien économique et financier britannique.

PoliticoLien externe analyse le résultat ainsi: «Les électeurs suisses ont rejeté une proposition visant à appliquer plus strictement le principe de neutralité du pays, écartant ainsi une idée qui aurait rendu plus difficile l’imposition de sanctions contre Moscou.» Le média américain spécialisé dans les affaires politiques rappelle également que la Russie avait ouvertement soutenu l’initiative.

La chaîne publique autrichienneLien externe ORF a également rappelé que l’initiative a reçu le soutien de la Russie. Elle cite Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, qui avait critiqué une neutralité «à géométrie variable» sur Telegram. Elle figure elle-même sur la liste des personnes sanctionnées par la Suisse.

Du côté de la presse allemande, Die ZeitLien externe se montre particulièrement incisif: «Les Suisses ne veulent pas faire de câlins à Poutine», titre-t-il. Le quotidien interprète le résultat comme le choix de conserver une neutralité pragmatique et flexible et, surtout, comme un refus de se ranger du côté de la Russie.

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Une Suisse moins isolationniste

Die ZeitLien externe souligne également un autre aspect du scrutin: la défaite de dimanche est «le troisième revers majeur d’affilée pour l’UDC», après le refus de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» et de celle qui voulait réduire drastiquement la redevance radio-télévision. Pour le quotidien, cette série de défaites illustre les limites de l’influence politique de l’UDC: le parti de la droite conservatrice pourrait, pour la première fois, dépasser les 30% aux élections fédérales de l’an prochain, «mais il échoue, encore et encore, à rallier une majorité à ses idées radicales».

Dans la même veine, le journal italien La RepubblicaLien externe analyse: «Alors que la droite progresse dans les pays voisins, elle a subi un sérieux revers en Suisse dimanche 27 septembre». Le quotidien voit dans le résultat les limites de la mobilisation souverainiste en Suisse. Il oppose la Suisse actuelle à celle de 1992, lorsque Christoph Blocher avait contribué au rejet de l’Espace économique européen (EEE): «La Suisse d’aujourd’hui est moins isolationniste parce qu’elle craint une guerre et cherche donc des alliances.»

Pour Le MondeLien externe, le peuple suisse a opté pour «la sécurité des partenariats» plutôt que pour «le splendide isolement». «La pertinence d’une Suisse retranchée derrière son réduit alpin, équidistante de tous les acteurs mondiaux, ne résiste plus à l’épreuve de la guerre de haute intensité sur le continent européen et des menaces hybrides de plus en plus fréquentes», commente le journal.

Le journal estime que la neutralité choisie par une majorité de l’électorat est «une neutralité de façade, alignée sur le bloc occidental». «La Suisse continuera à brandir l’étendard de sa ‘neutralité’ (utile pour la diplomatie des bons offices et la défense du droit international), mais elle se place en réalité sous le parapluie de l’OTAN», résume-t-il.

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