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La Suisse s’inquiète du retard pris par Galileo

Jupiter, une image prise par Galileo. Keystone Archive

Les Quinze n'ont pas trouvé d'accord sur le projet de navigation par satellite Galileo. La Suisse a beaucoup à perdre dans l'aventure.

Le programme Galileo est mal parti. Lancé par la Commission européenne en 1998, ce projet vise à créer un système global de navigation par satellites. L’Agence spatiale européenne (ESA) participe pour moitié au financement. Elle a donné son accord en novembre dernier lors de son Conseil des ministres à Edimbourg.

Les ministres des Transports des Quinze devaient donner vendredi leur feu vert au démarrage du projet. Après une discussion serrée, ils ont reporté leur décision en mars. Au grand dam de la Commission européenne qui veut qu’une décision soit prise avant la fin de l’année.

Enjeux économiques considérables

La commissaire aux Transports, Loyola de Palacio demande que le sujet soit discuté au sommet européen de Laeken les 14 et 15 décembre.

«En mars, certains pays demanderont encore un délai de réflexion de trois mois, s’exclame Gille Gantelet, porte-parole de Loyola de Palacio, nous avons déjà perdu un an, il faut prendre maintenant une décision politique».

La France et l’Italie soutiennent fermement le projet de la Commission. Mais six pays freinent. En tête, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. L’Allemagne ainsi que l’Autriche, la Suède et le Danemark sont également réticents.

Les enjeux économiques sont considérables. Deux systèmes se font actuellement concurrence: le GPS américain, qui domine le marché, et le GLONASS russe.

Tout retard profite aux Américains

Les Etats-Unis sont en train de développer un nouveau GPS qui devrait être prêt en 2012. Si tout va bien, Galileo devrait être opérationnel en 2008: cela signifie que le marché des applications de Galileo s’ouvre aux industries européennes. En particulier, le marché – gigantesque -de la téléphonie mobile.

Tout retard profite donc aux Américains. «C’est tout de même incroyable que l’Europe n’arrive pas à saisir sa chance», s’exclame Pascal Vinard, membre du Bureau fédéral des affaires spatiales (SSO). Surtout qu’il s’agit d’un programme peu coûteux: 3,25 milliards d’euros. Ce qui correspond au coût de 150 km de voies ferrées à grande vitesse.

La Suisse, qui est membre de l’ESA, participe au programme Galileo. Elle devrait investir quelques 30 millions de francs. Et devrait, en retour, recevoir des contrats industriels pour un montant équivalent.

«Nous avons beaucoup à perdre d’un retard, déclare Pascal Vinard, rien à gagner. Je suis amer, mais je reste raisonnablement optimiste».

PME neuchâteloise

Mais c’est à Neuchâtel, en particulier, que l’on s’inquiète de l’avenir de Galileo. Le cœur du système, soit les horloges atomiques, sera fabriqué par une petite PME, Temex Neuchâtel Time SA, qui emploie aujourd’hui 30 personnes. «Nous sommes les seuls en Europe à maîtriser ce savoir-faire», explique le directeur, Pascal Rochat.

«Un retard de quelques mois, voire d’une année, commente Pascal Rochat, est acceptable». Au-delà, le directeur devrait se séparer des équipes spécialisées qu’il a formées.

En revanche, si le projet est lancé, il espère pouvoir engager une dizaine de personnes. «Je suis déçu par la lenteur des Européens et par leurs chamailleries, ajoute Pascal Rochat, je suis aussi déçu de voir que les Etats-Unis réussissent si facilement à semer la zizanie parmi les Etats européens».

Barbara Speziali, Bruxelles

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