Lugano, le culte de l’argent facile
Les boutiques, les banques. Tout brille à Lugano. Une image qui contraste avec celle d'un canton du Tessin qui enregistre l'un des taux de chômage les plus élevés de Suisse.
Le secteur tertiaire est concentré à Lugano. Dans les régions périphériques, on trouve surtout des entreprises du secondaire. Au Tessin, l’éternelle division Sopra et Sotto-Ceneri passe aussi par l’argent.
«On a fait quelques tentatives pour développer les vallées, explique Christian Marazzi, économiste et sociologue. Mais sans grand succès. Ces initiatives étaient trop sporadiques et inconsistantes pour parvenir à casser cette asymétrie.»
Professeur à l’Ecole universitaire professionnelle de la Suisse italienne (SUPSI), Christian Marazzi estime que «le Tessin souffre d’un complexe de pauvreté. Le canton a donc privilégié la croissance. A n’importe quel prix. Sans tenir compte des ressources locales.»
Cette obsession du développement est à l’origine d’une mentalité fondée sur les affaires et les gains faciles. Le canton a mis l’accent sur les casinos, par exemple. Mais, en voulant attirer les capitaux à tout prix, il s’est également exposé à la mafia.
Surtout, l’argent investi ainsi n’a pas eu de retombées locales. Cette attitude a placé le Tessin dans une situation de dépendance face à l’Italie, perçue tantôt comme une adversaire – frontaliers, fuite des capitaux – tantôt comme une partenaire.
La collaboration transfrontalière s’est concrétisée notamment avec la création de la Regione Insubrica, en 1995. Cet espace – qui comprend le Tessin et les provinces italiennes de Como, Varese et Verbania – est très cher à Remigio Ratti.
Pour le politicien, l’avenir du Tessin est là. Dans le développement de la collaboration transfrontalière. Selon Remigio Ratti, la frontière doit être vue comme un espace de contact et pas comme un mur. Le Tessin, comme un pont entre la Suisse et l’Italie.
Le directeur de l’Institut de recherche économique (IRE) sourit. Pour Rico Maggi, la Regione Insubrica est un acte symbolique plus qu’une réalité. Mais il croit aussi à la collaboration avec la Lombardie.
«Grâce à la frontière, le Tessin a pu profiter de cette position de marché situé en Suisse, mais aussi au cœur de l’économie italienne, commente Rico Maggi. Sans frontière, le canton n’aurait été que la périphérie du nord de l’Italie.»
«Si le Tessin va bien, c’est parce qu’il est en Suisse», poursuit le directeur de l’IRE. Arrivé à Lugano il y a quatre ans seulement, le Suisse alémanique voit d’ailleurs l’avenir du Tessin à Zurich. «Son intérêt est clairement là et pas en Suisse romande.»
«La solidarité latine n’est qu’un rêve romantique, lance encore Rico Maggi. La Suisse romande est bien assez préoccupée à défendre sa propre position de minorité. Et la solidarité passe aussi par des intérêts économiques.»
Quant aux secteurs à développer, tous s’accordent pour dire qu’il faut miser sur les atouts locaux. L’architecture ou le tourisme notamment qui ont une tradition très forte au Tessin. «Ce qui n’exclut pas l’ouverture», concède Christian Marazzi.
Alexandra Richard, Lugano
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