Mouvements de yo-yo sur les marchés financiers
Depuis le début de la guerre en Irak, les marchés sont volatiles. Mouvements à la hausse et à la baisse se succèdent.
Mais, selon les analystes, une reprise marquée des marchés à la fin de la guerre est peu probable.
Raffermis en fin de semaine passée par le déclenchement des hostilités en Irak, les marchés financiers prennent depuis lundi la pleine mesure du conflit.
La perspective d’une guerre éclair s’éloigne au fil des jours, avec pour corollaire la rechute des principaux indices boursiers.
En effet, après le fort recul de lundi – le SMI a perdu 5%, le Dow Jones 3,61%, le Nasdaq 3,66% -, les marchés européens ont poursuivi leur baisse mardi matin, peu après l’ouverture.
Baisse du dollar et hausse du pétrole
La conjonction de plusieurs facteurs l’explique. «Avec une baisse du cours du dollar, la hausse du prix de pétrole et l’accroissement des incertitudes géostratégiques en relation avec l’Irak, explique Philippe Schindler, la confiance des investisseurs est très volatile.»
En outre, l’investment strategist de la banque Lombard Odier Darier Hentsch (LODH) à Genève précise que la prudence est actuellement de rigueur.
A juste titre. Dans l’après-midi, les courtiers ont effectivement pu constater un retournement de tendance.
Grâce à une baisse, moins importante que prévue, de l’indice de confiance des consommateurs américains pour le mois de mars, la plupart des indices boursiers européens sont repartis à la hausse.
A 64,8 points en février, cet indice est retombé à 62,5 points en mars. Alors que les prévisions l’anticipaient à 62 points.
Soutien de la consommation américaine
«Cette nouvelle est un signe encourageant aux yeux des investisseurs», explique Pierre-Yves Piccand, courtier en actions américaines de la Banque cantonale vaudoise (BCV).
Pour autant, il n’est pas possible d’en tirer des conclusions pour le long terme. «Nous ne sommes pas sur des niveaux de consolidation, confirme le courtier de la BCV. Dans les jours à venir, l’évolution des marchés sera dictée par les événements irakiens.»
Une situation d’autant plus fragile que ce conflit survient à un moment où la croissance économique reste désespérément molle. Et cela malgré les actions entreprises par les principales banques centrales de la planète depuis plusieurs mois.
Les risques s’accroissent
«Au moment où la croissance est déjà faible, poursuit Philippe Schindler, cette nouvelle guerre ne fait qu’augmenter les risques qui pèsent sur le retour de la croissance.»
L’accroissement du déficit américain – le président George Bush vient de demander 74,7 milliards de dollars au Congrès pour financer les opérations militaires en Irak – ne permet pas d’anticiper une remontée des cours du billet vert.
Un dollar faible satisfait pleinement l’administration républicaine au pouvoir à Washington. Puisqu’il lui permet de rembourser à moindres frais le déficit budgétaire.
Autre facteur de risque: le prix du pétrole. Elevé depuis de longs mois, il a déjà freiné considérablement le processus de reprise économique. Et, à l’heure actuelle, il est impossible de prévoir son évolution.
Dans ses prévisions, la banque LODH table néanmoins sur un prix du baril d’or noir supérieur à 30 dollars pour 2003.
La volatilité reste importante
Les marchés seront donc secousés par des soubresauts, au gré des avancées et des revers des forces anglo-britanniques sur le sol irakien. Reste à savoir si la résolution du conflit permettra de ranimer la confiance des investisseurs.
Pas si sûr. La fin de la guerre lèvera certainement une partie importante des incertitudes actuelles.
Mais, avance Philippe Schindler, «les fissures provoquées par l’unilatéralisme américain sur la scène internationale laisseront, elles aussi, un sentiment d’insécurité sur les marchés financiers.»
Il est donc peu probable que nous assistions à un reprise très marquée des marchés à la fin des hostilités.
La conjoncture économique qui prévalait avant le début de la guerre en Irak se distinguait par sa mollesse. C’est donc toujours sous le signe de la mollesse que l’économie mondiale risque de sortir de ce conflit.
swissinfo, Jean-Didier Revoin
A la clôture:
SMI (Zurich): +0,78%
SPI (Zurich): +0,71%
DAX 100 (Francfort): +2,89%
FTSE-100 (Londres): +0,50%
CAC 40 (Paris): +2,53%
DJ-Euro STOXX 50: +1,24%
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