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Polémique autour du salaire en euros

Environ 33 000 frontaliers italiens travaillent au Tessin. swissinfo.ch

Payer les frontaliers en euros: dès janvier, la chose sera légalement possible. Mais, au Tessin, les syndicats ne veulent pas en entendre parler.

Au début printemps 99, le Conseil fédéral avait chargé un groupe de travail interdépartemental, de plancher sur l’utilisation de la future monnaie unique en Suisse. Composé d’experts des Finances, des Affaires étrangères, de l’Economie et de la Banque nationale, ce groupe a notamment conclu que rien se s’opposerait au paiement des salaires des frontaliers en euros.

Mais, à six semaines de l’échéance, les syndicats tessinois s’inquiètent. Ici, en effet, le salaire en euros pourrait concerner près de 33 000 frontaliers italiens. Saverio Lurati, secrétaire local du Syndicat industrie et bâtiment (SIB), juge l’idée carrément «démentielle».

«Si on adopte ce système, le salaire ne dépendra plus du travail, mais du lieu de résidence. Il est inacceptable de faire assumer le risque de change aux travailleurs, tonne le syndicaliste. Nous sommes prêts à nous battre.»

L’idée n’est pas nouvelle

A vrai dire, ce n’est pas la première fois que l’idée de payer les frontaliers dans la monnaie de leur pays d’origine agite le Tessin. Au début des années 90, en pleine crise économique, on avait déjà avancé la possibilité de verser les salaires en lires, afin de contenir les coûts de la main-d’œuvre. Mais, face à la forte résistance des syndicats, la proposition avait été très rapidement abandonnée.

Du côté patronal, Vittorino Anastasia, secrétaire cantonal adjoint de la Société suisse des entrepreneurs, considère que le salaire en euros ne représente pas un réel avantage pour les entreprises. La comptabilité de ces dernières s’en trouverait nettement compliquée. A cause des déductions qui devraient rester en francs. A cause aussi des fluctuations du taux de change.

Rinaldo Gobbi, secrétaire de la Chambre tessinoise du commerce, de l’industrie et de l’artisanat, confirme qu’aucune entreprise n’a émis le désir de payer ses salariés étrangers en euros. Du moins jusqu’ici.

La crainte des syndicats serait-elle infondée? «Cela ne veut pas dire que personne ne le fera, rectifie Rinaldo Gobbi. Légalement, la chose est toujours possible, mais avec l’accord de l’employé».

Saverio Lurati n’en est pas moins inquiet. Pour le secrétaire du SIB, le libre choix du travailleur est «une utopie». Selon lui, si une entreprise décide de passer à l’euro, les frontaliers devront accepter… ou partir.

Les salaires sont bas de toute façon

Pour les quelque 33 000 frontaliers qui travaillent au Tessin, la question des salaires reste, de toute façon, un sujet des plus chauds. Alors qu’ils étaient encore 40 000 en 1993, leur nombre est tombé à 28 000 cinq ans plus tard. Depuis, avec la reprise, il est remonté progressivement, surtout dans le tertiaire.

Mais les différences de salaire restent. Selon l’Office fédéral de la statistique, la moitié de ces frontaliers gagnent moins de 48 000 francs brut par année. Et 5% seulement d’entre eux se situent au-dessus des 70 000 francs.

Actuellement, les plus généreux sont la chimie, le bâtiment et le secteur énergie-environnement. Et les salaires les plus bas se trouvent dans les branches de l’horlogerie et de l’habillement.

Quant aux différences entre hommes et femmes, elles sont encore beaucoup plus criantes. Si un frontalier peut espérer gagner en moyenne 52 000 francs par année, ce chiffre ne dépasse guère 31 000 francs pour une frontalière. Et une bonne moitié des quelque 8000 employées de nationalité italienne qui passent la frontière chaque jour gagnent à peine 2600 francs par mois.

Sérénité à Genève

Autre gros fournisseur d’emplois aux frontaliers, le canton de Genève vient d’éditer une brochure sur le passage à la monnaie unique. Un document qui ne fait tout simplement aucune mention du salaire en euros.

«Légalement, ce serait possible, mais cela poserait un gros problème pour la transparence des salaires, confirme Natacha Guyot, chargée des affaires extérieures à l’Etat de Genève. Sans compter les complications pour la comptabilité des entreprises.»

Quant aux syndicats genevois, ils ne font pas du salaire en euros un thème de bataille. Au siège local du SIB, on se déclare serein. A Genève, il est vrai, nombre d’employés des multinationales ou des organisations internationales sont déjà payés… en dollars.

Libero d’Agostino / Marc-André Miserez

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