Réduire la montagne de déchets électroniques
A Nairobi, ministres et experts de l'environnement se sont mis d'accord sur des mesures pour faire face à l'épineux problème du transport et de l'entreposage des déchets électroniques.
Selon les estimations du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la production annuelle de déchets électroniques est de 50 millions de tonnes.
Un entreposage non-conforme de déchets électroniques peut impliquer l’émission de produits chimiques dangereux et de métaux lourds dans la nature.
«La masse de déchets électroniques ne cesse d’augmenter et de créer de nombreux problèmes insolubles, principalement dans les pays en voie de développement», explique Thomas Kolly à swissinfo.
Selon le chef de la division Affaires internationales de l’Office fédéral de l’environnement, «beaucoup de délégations africaines ont répété qu’une grande quantité de déchets électroniques arrive chez eux en provenance des pays développés. Déchets qu’ils comparent à une bombe à retardement».
Thomas Kolly a dirigé la délégation suisse à la Conférence de Nairobi laquelle s’est tenue une semaine durant avec l’objectif de réviser la Convention de Bâle. Ce texte vise à réduire les transports de tous les types de déchets dangereux, dont les déchets électroniques.
La Suisse, qui abrite le secrétariat de la Convention de Bâle, attache beaucoup d’importance à cette convention car elle constitue «la seule base de discussion pour s’attaquer au problème des déchets électroniques».
Améliorer la reprise
Thomas Kolly est pour sa part très satisfait des négociations qui ont été menées à Nairobi.
«Les participants à la conférence vont rédiger une déclaration commune sur les déchets électroniques. Elle servira de base au futur partenariat entre les gouvernements, l’industrie et la société civile pour combattre le problème des déchets électroniques», indique-t-il.
Les délégués se sont mis d’accord pour lancer des projets pilotes au niveau notamment des procédures de reprise des différents appareils concernés. La Convention de Bâle servira de document de base à ce travail, mené avec une douzaine de grands fabricants de téléphones mobiles.
Ce cadre pourrait aussi permettre d’effectuer des études portant sur le recyclage et l’entreposage sécurisé des appareils périmés.
A Nairobi, les délégués ont par ailleurs promis d’améliorer la coopération entre les divers acteurs impliqués, de combattre le trafic illégal et de porter davantage d’attention aux normes techniques.
Pour Thomas Kolly, la prochaine étape sera de donner une vie concrète à cette plate-forme.
La Suisse en avance
La Suisse a été à l’avant-garde en matière de traitement des déchets électroniques. En 2002, elle a par exemple lancé un projet destiné à convaincre l’industrie des télécom de recycler les téléphones portables usagés ou de les traiter en minimisant les nuisances.
Grâce à cette initiative – la première en son genre, elle a par la suite servi de modèle -, des milliers de téléphones portables ont pu être recyclés.
«Nous avons développé des systèmes de collecte en Suisse, en Europe et Amérique du Nord. Cela représente un atout considérable dans la lutte contre les déchets électroniques», explique Thomas Kolly.
«C’est important d’assister les pays en voie de développement dans la mise en place de systèmes de collecte similaires afin de disposer d’un processus de traitement approprié pour les téléphones portables et les ordinateurs», ajoute-t-il.
Un fonds pour Abidjan
La conférence a également condamné l’accident récent en Côte d’Ivoire au cours duquel des fumées toxiques produites par des déchets disséminés dans des décharges à l’air libre autour d’Abidjan ont conduit à la mort d’au moins dix personnes.
A Nairobi, les dirigeants du PNUE ont décidé d’instituer un fonds afin de résoudre les problèmes à Abidjan.
«Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire a suscité une prise de conscience de la part des pays développés. Quelque chose doit être fait», insiste Thomas Kolly, qui ajoute que les pays industrialisés doivent prendre leurs responsabilités.
Selon lui, l’idée qu’il faut investir plus dans les administrations de ces pays afin de mieux gérer ce type de problème fait son chemin.
swissinfo, Simon Bradley
(Traduction et adaptation de l’anglais: Carole Wälti)
La huitième conférence des Parties à la Convention de Bâle sur le contrôle des exportations des déchets spéciaux et sur leur élimination s’est tenue à Nairobi au Kenya du 27 novembre au 1er décembre 2006.
La Convention de Bâle dont le secrétariat est à Genève a été adoptée en 1989 (elle est entrée en vigueur en 1992 et a été ratifiée par 168 Etats) afin d’empêcher les pays riches d’exporter leurs déchets dans les pays pauvres.
La Convention de Bâle pose comme principe que chaque pays est responsable de la gestion de ses propres déchets et conditionne leur exportation à l’accord préalable de l’Etat destinataire.
Elle fait partie d’un trio de Conventions qui ont pour but de protéger l’environnement et la santé des hommes.
Les deux autres sont la Convention de Rotterdam sur le commerce international des produits chimiques dangereux et la Convention de Stockholm sur douze polluants organiques persistants (POP).
L’élimination d’un mètre cube de déchets toxiques coûte entre 400 et 680 dollars en Europe. En Afrique et en Asie la même opération est quinze fois meilleure marché.
Selon le PNUE, la production annuelle de déchets électroniques et de 50 millions de tonnes.
Une récente étude du Basel Action Network arrive à la conclusion que près de 100’000 ordinateurs arrivent chaque mois dans le port de Lagos au Nigéria. Mais les experts estiment qu’entre un quart et trois-quarts de ces derniers sont des déchets électroniques.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.