Swissair soupçonnée de transporter du coltan pillé au Congo
Selon Africa Confidential, Swissair et Sabena embarqueraient dans leurs soutes ce nouvel or gris.
L’extrême est de la République démocratique du Congo (RDC), actuellement aux mains des Rwandais et des Ougandais, possèderait les plus importantes mines de coltan, un minerai composé de colombium et de tantalite, utilisé pour la fabrication des téléphones portables.
Ce nouvel or high-tech sert pour l’électronique de pointe, les télécommunications, les aimants supraconducteurs, les chambres de combustion de moteur de fusées. Chaque mois, 150 tonnes de coltan sortent illégalement de l’est de la RDC. L’armée rwandaise a aménagé deux pistes d’atterrissage, à Walikale et Shabunda. De là, le minerai est exporté vers le Rwanda à bord de vieux Antonov.
«J’ai compté jusqu’à 64 mouvements d’avion dans une seule journée à Shabunda», raconte un responsable des Nations Unies (1). Cette manne permet au Rwanda de financer une armée de 40’000 hommes.
Pas de sang sur mon portable
Le coltan est-il ensuite réexporté vers des pays industrialisés via la Belgique grâce à Swissair et Sabena? C’est l’accusation portée par la lettre Africa Confidential de Londres, généralement bien informée. La critique est surtout morale. En effet, ce minerai, volé à la République démocratique du Congo, ne fait pas l’objet d’un embargo de la part de l’ONU. Il n’y a donc rien d’illégal.
Ce sont surtout les organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme et les associations humanitaires qui se mobilisent contre ce commerce, avec pour slogan: «Pas de sang sur mon téléphone satellite». Swissair, qui lutte actuellement pour sa survie, a d’autres soucis plus urgents que le transport de quelques kilos de coltan.
La compagnie à croix blanche pense qu’elle n’est citée qu’en raison de ses liens avec Sabena. Cet or gris arrive à Bruxelles, et non à Zurich ou Genève, et c’est une compagnie belge, la Société générale des minerais (SOGEM), qui aurait des intérêts dans l’exploitation du coltan dans l’est du Congo.
Ian Hamel
(1) «Dans l’est du Congo, les belligérants organisent le pillage et le trafic du coltan», le Monde du 21 août 2001.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.