Un malheur ne vient jamais seul
La presse suisse de lundi est unanime: ni la compagnie aérienne en sursis, ni la Suisse n'avaient besoin de ce nouveau drame.
«Sournoise fatalité», «Série noire» «Le poids du destin», «Assez!», ou encore «Le coup de grâce?», ces quelques titres glânés ce lundi résument l’état d’esprit des commentateurs. Presque tous rappellent, qui le premier accident de Crossair il y a moins de deux ans, qui les attentats du 11 septembre, qui la catastrophe du Gothard ou le drame de Zoug.
Un drame de trop
«Le cauchemar collectif ne finira-t-il donc jamais?» Cette question posée par Le Matin résume l’état de choc dans lequel le pays s’est réveillé après cette nouvelle catastrophe. «Un drame de trop, poursuit le quotidien romand, au-delà des vingt-quatre vies humaines perdues, c’est toute la Suisse qui s’est abîmée.» Et l’éditorialiste de conclure sur cette auto-flagellation: «La Suisse a eu tort de se croire supérieure ou à l’abri. L’Histoire s’est chargée de nous rappeler à l’ordre… au prix fort.»
Le prix fort, bien sûr, c’est le prix que devra payer la nouvelle compagnie nationale. La Tribune de Genève rappelle que le risque pour celle-ci de «mourir dans l’œuf» est très sérieux. Un crash engendre une diminution du nombre des passagers de 20 à 25%, ce qui provoque une chute de rentabilité. «Pour une compagnie saine, le défi est surmontable, estime le quotidien genevois, pour Crossair, l’enjeu prend des allures de combat», et de montrer du doigt André Dosé et son équipe, que «ce coup dur devrait inciter à revoir sa copie pour parvenir à ses fins.»
Turbulences montrées du doigt
Tous les commentateurs reviennent bien sûr aux turbulences qui secouent le ciel suisse cette année. Quoi qu’on pense des formes de l’intervention de la nouvelle équipe, ou de ses méthodes, Le Temps reconnaît que les partisans du sauvetage ont fait preuve jusqu’ici d’une détermination sans faille jusqu’ici à imposer «une sorte de plan Wahlen de l’aviation». «Mais que faire si le destin s’en mêle? Jusqu’où porte la foi quand tout est contre vous?»
Le Bund de Berne, lui, n’est pas sûr qu’il faille imputer l’accident à la seule guigne. Et de poser des questions plus précises, plus politiques: «Quel rôle a joué la pression exercée durablement sur le personnel volant par la crise de Swissair?»
La Basler Zeitung pointe également le doigt sur la situation du personnel qui, malgré les baisses de salaires qui se profilent, doit continuer d’offrir les mêmes prestations. Rappelant que le précédent accident de Crossair, assez similaire au crash de samedi, avait eu lieu alors que les pilotes de Crossair étaient en conflit ouvert avec leur direction.
Pour le quotidien bâlois, le seul espoir est «dans la cohésion de la direction et du personnel de Crossair, ils n’ont pas d’autre choix que d’aller de l’avant, même si c’est difficile.»
La faute à l’Allemagne…
Mais d’autres commentateurs, surtout alémaniques, montrent du doigt la procédure d’approche de la piste 28 de Kloten, jugée difficile et imposée par les récents accords passés entre la Suisse et l’Allemagne. «Un accord qui s’avère ainsi des plus indigestes», estime la «Berner Zeitung».
Attention à la tentation de tout politiser, lance pourtant le Tages Anzeiger, qui rappelle le manque d’à-propos et l’absurdité des arguments de ceux qui ont profité du drame du Gothard pour exiger la construction d’un deuxième tunnel.
24 Heures s’interroge pour sa part sur la responsabilité des contrôleurs aériens qui devraient se rendre compte si un avion vole trop bas. La Neue Zürcher Zeitung passe en revue tous ces arguments, et choisi de conclure sur une note positive: «Si ce terrible malheur devait avoir au moins une conséquence positive, que ce soit celle-ci: que toutes les parties unissent leurs forces face à l’adversité, car il n’y a plus de place pour les querelles de personnes, de politique partisane ou régionale, pour que Crossair ait un avenir.»
Leuenberger en super consolateur
Notons enfin que quelques confrères, tels La Liberté, relèvent la position de Moritz Leuenberger, ministre des Transports et donc artisan de l’accord passé avec Berlin pour préserver les riverains allemands de l’aéroport de Kloten, mais aussi président de la Confédération.
Et le quotidien fribourgeois de noter que «sa double casquette a transformé l’homme en consolateur en chef d’un peuple abattu par autant de coups si rapprochés», un homme dont la timidité des propos «convient bien à un pays qui craint par dessus tout de laisser exploser ses émotions».
Isabelle Eichenberger
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