La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Fonds en déshérence: un peu partout, des juifs s’interrogent

Avec son livre, "L'Industrie de l'Holocauste", Norman Finkelstein fut l'un des premiers à lancer la polémique. Keystone / AP Photo / Herbert Knosowski

La campagne déclenchée il y a cinq ans en faveur d'une meilleure indemnisation des victimes du nazisme - et dans le cas de la Suisse, de prétendants à des avoirs bancaires - tire probablement à sa fin. Mais le débat suscité dans la communauté juive, lui, n'est pas clos.

Des 6 milliards de dollars alloués dans ce contexte à des organisations juives par des firmes – ou par les gouvernements – de Suisse, d’Allemagne, d’Autriche et des Pays-Bas (dont 1,25 milliard de dollars par les banques helvétiques), rien, il est vrai, n’a encore été payé à des victimes! Mais les procédures sont en cours et tout semble indiquer que des offensives du type de celle menée par le Congrès juif mondial contre la Suisse et ses banques appartiennent désormais au passé.

Il n’en va pas de même des discussions que cette affaire a suscitées au sein de la communauté juive. Cette semaine, à Berlin, par exemple, des participants à une conférence donnée par Norman Finkelstein – auteur d’un livre explosif sur le sujet qui critique violemment le Congrès juif mondial – en sont venus aux mains. Et jeudi, le politologue juif de New York a fait le voyage de Zurich pour en débattre avec le président du Fonds suisse d’aide aux victimes de l’Holocauste, Rolf Bloch.

On notera, dans ce contexte, que toute une série de livres sur le sujet – en plus de la dizaine qui ont déjà paru – sont en voie de publication. Paraphrasant le titre du livre du Finkelstein, «L’Industrie de l’Holocauste», d’aucuns vont jusqu’à relever que cette affaire alimente une véritable «industrie de l’Holocauste».

L’influente revue conservatrice juive américaine «Commentary Magazine» vient pour sa part de publier une impressionnante série de réactions à l’étude critique mais nuancée qu’elle avait consacré à la question l’an dernier sous le titre «L’indemnisation des victimes de l’Holocauste: un scandale grandissant».

Dans ces réactions, on trouve des lettres du monde entier. Et l’une d’entre elles retient plus particulièrement l’attention, puisqu’elle est signée par l’Américain Stuart Eizenstat qui fut l’un des principaux critiques «officiels» de la Suisse dans l’affaire dite des fonds juifs. A noter que l’ancien sous-secrétaire d’Etat au Trésor de Bill Clinton s’apprête, lui aussi, à écrire un livre sur le sujet.

Dans sa longue prise de position, Stuart Eizenstat se déclare «en désaccord complet» avec l’auteur de l’étude, Gabriel Schoenfeld. Il réfute à cet égard des propos que Schoenfeld n’a jamais tenus. Par exemple, que la campagne en faveur d’une meilleure indemnisation des victimes du nazisme est inopportune, car elle favoriserait l’antisémitisme.

En fait, Schoenfeld avait uniquement souligné que les mensonges et les excès qui ont, selon lui, caractérisé cette campagne pouvaient donner des armes aux antisémites et rendre moins sympathique dans bien des milieux tout ce qui touche à la communauté juive, y compris celle d’Israël. Schoenfeld avait en particulier critiqué «une simplification jusqu’à la caricature» du rôle de la Suisse pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Il reprochait notamment à Eizenstat d’avoir fait du «moralisme en pantoufle» en condamnant la neutralité suisse «cinquante ans après les événements et sans se demander ce qu’une Suisse non-neutre aurait signifié à l’époque».

Dans sa prise de position, Eizenstat reconnaît néanmoins que dans le cas de la campagne menée contre la Suisse, il y a eu des éléments «regrettables», «de mauvais goût» et «pas très reluisants». Il admet en outre que, derrière cette affaire, il y avait «des politiciens ambitieux». Tout en laissant entendre que la chose était inévitable.

Michel Walter

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision