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Les sans-papiers se retrouvent seuls face à la loi

Jeudi, l'église St-Paul semblait désertée... Keystone Archive

Le couperet est tombé pour les occupants de l'Eglise Saint-Paul, à Fribourg. Le préfet de la Sarine a finalement ordonné l'évacuation. L'ultimatum a été fixé à vendredi 11 heures. Pour les sans-papiers, pas question d'abandonner. Le fil des événements.

Il n’aura pas fallu plus de quarante-huit heures pour que les fronts se durcissent et que l’expulsion des sans-papiers de Fribourg soit décidée.

Comment en est-on arrivé là? Mardi, le conseil de paroisse de l’église de Saint-Paul refuse de renégocier sa proposition d’occupation symbolique de l’église réduite à cinq personnes. Et il choisit de maintenir sa demande d’évacuation.

Mercredi, le gouvernement fribourgeois, lui, se borne à demander à Berne la régularisation de 21 membres du collectif de Saint-Paul. Il réclame également l’indulgence du gouvernement fédéral à l’égard de quinze autres clandestins non officiellement engagés dans le mouvement de revendication.

Ruth Metzler se réfugie derrière la loi

Dans le même temps, au Palais fédéral, la ministre de la justice, Ruth Metzler, réaffirme son refus d’accorder une amnistie générale aux étrangers vivant clandestinement en Suisse. Une fois encore, elle réitère sa foi dans la loi qui permet de régler les situations au cas par cas.

Appelé une nouvelle fois à la rescousse par le collectif des sans-papiers, l’évêché, lui, baisse les bas. Par la voix de son porte-parole, Mgr Bernard Genoud, il fait savoir qu’il ne tentera plus aucune action de médiation auprès du conseil de paroisse de Saint-Paul.

Dernier acte: l’évacuation

Le rideau tombe donc logiquement jeudi matin sur le dernier acte: le préfet de la Sarine, Nicolas Deiss, somme officiellement le collectif des sans-papiers de quitter les lieux avant vendredi 11 heures. En cas de refus, l’ordre sera donné de faire évacuer les lieux.

Du côté du collectif des sans-papiers, la position est tout aussi radicale. «Nous restons, affirme Lionel Roche, l’un des porte-parole du collectif. Et nous appelons les sympathisants du mouvement à nous rejoindre. Nous verrons bien si la police ose nous déloger de l’église.»

Mais les coordinateurs du mouvement l’admettent aussi. Tous les sans-papiers ne seront certainement plus là pour accueillir les forces de l’ordre. Car c’est aussi un drame humain qui se joue à la paroisse Saint-Paul. Et la préoccupation majeure du collectif est aujourd’hui de protéger ses membres menacés d’expulsion.

«Des hommes sont sortis de l’ombre»

Pour le syndicaliste Achille Renaud, membre du collectif de La Chaux-de-Fonds, pas question de parler d’échec. «Même si tout se termine maintenant, quelque chose s’est passé. Personne ne peut nous l’enlever. Aujourd’hui, la vérité l’emporte sur l’hypocrisie. Des hommes qui vivaient dans la peur sont sortis de l’ombre. Le mot ‘sans-papiers’ a remplacé le terme péjoratif de ‘clandestins’.»

Christophe Tafelmacher, avocat et membre du collectif lausannois, est moins optimiste. «Ce qui se passe à Fribourg est un signal extrêmement négatif. En fait, les autorités condamnent des personnes qui ont pris la décision de se montrer au grand jour.»

Pour l’instant, les situations vaudoises et neuchâteloises sont différentes de celle de Fribourg. On ne parle pas d’expulsion. A Bellevaux, la paroisse soutient les sans-papiers. A La Chaux-de-Fonds, le Conseil communal n’approuve pas l’occupation de la Maison du Peuple. Il n’envisage pas pour autant de faire évacuer les lieux.

Un mouvement national

L’issue de la crise des sans-papiers fribourgeois n’a pas découragé les deux collectifs qui n’entendent pas baisser les bras. «Nous devons absolument tenir jusqu’à la session d’automne des chambres fédérales qui se pencheront sur la révision de la loi sur l’asile, poursuit Achille Renaud. Il faut maintenant que d’autres mouvements se créent partout en Suisse.»

D’ailleurs, on parle déjà d’un nouveau collectif à Fribourg. «Nous avons déjà une nouvelle liste de clandestins qui seraient prêts à s’engager, confirme Lionel Roche. Dans la perspective d’élargissement national, nous tenons à garder Fribourg comme l’une des plates-formes du mouvement des sans-papiers.»

Vanda Janka et Alexandra Richard

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