Le climat redessine les territoires des papillons
Le changement climatique bouleverse la cartographie mondiale des papillons, révèle une vaste étude. Si une large majorité de ces insectes étend son aire de répartition, une part non négligeable voit la sienne se réduire, ce qui pourrait à terme menacer leur survie.
(Keystone-ATS) Les chercheurs ont compilé les données portant sur 1758 espèces de papillons dans 105 pays et territoires. Il s’agit de l’une des plus importantes synthèses à ce jour sur l’évolution de la distribution de ces insectes, intégrant de nombreux travaux non anglophones, afin de mieux documenter les régions tropicales.
Leur analyse, publiée mercredi dans la revue Nature Ecology & Evolution, montre que 79% des changements d’aire de répartition documentés sont associés au réchauffement climatique et aux événements météorologiques extrêmes.
Les autres moteurs de redistribution sont également d’origine humaine: changements d’usage des terres, agriculture intensive, urbanisation, fragmentation des habitats, introduction d’espèces invasives.
Adaptation
Les papillons sont considérés comme d’importants indicateurs de l’état des écosystèmes en raison de leur sensibilité aux variations de température, de leur cycle de vie court et de leur dépendance à des plantes hôtes spécifiques.
L’augmentation des températures pousse certaines espèces davantage vers le nord ou vers des altitudes plus élevées afin de retrouver des conditions favorables à leur survie. Les déplacements en altitude ne représentent toutefois que 22% des changements observés.
Au total, 80% des espèces étudiées ont étendu leur aire de répartition et 27% l’ont vue se contracter, certaines présentant plusieurs types de déplacements selon les différentes localisations ou régions qu’elles occupent, illustrant la complexité des réponses au changement climatique.
«C’est plutôt une bonne nouvelle, car cela prouve que les espèces de papillons sont capables de migrer et de changer d’aire de répartition pour s’adapter aux changements», a expliqué à l’AFP Jonathan Lenoir, chercheur au CNRS et un des auteurs de l’étude.
Mais cette capacité des papillons à migrer pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques a aussi ses limites, prévient M. Lenoir. «Nous ne sommes pas à l’abri d’un effet de seuil», avertit le chercheur.
Au-delà d’une certaine hausse des températures mondiales, les «contractions des aires de répartition pourraient l’emporter sur le processus d’expansion», avec «des bouleversements dans la distribution du vivant qui seront beaucoup plus rapides et soudains», pouvant entraîner «de potentielles extinctions», ajoute-t-il.