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En Suisse et ailleurs, des citoyens s’unissent pour protéger les forêts

Uomo passeggia in un bosco
En Suisse, 29% des forêts appartiennent à des propriétaires privés (image d'illustration). Keystone / Peter Klaunzer

En Suisse, 29% des forêts sont en mains privées. Mais certains de ces propriétaires n’achètent pas pour exploiter le bois: ils veulent préserver ces espaces pour les siècles à venir. Un mouvement citoyen qui dépasse les frontières.

Laurent Thévoz a acheté une forêt de Montagny (FR) il y a dix ans après avoir posté une annonce dans le journal. «C’est une forêt de compagnie. Elle n’est pas vitale pour moi: je l’accompagne, elle m’accompagne», commente-t-il dans le 19h30. «C’est un acte d’amour pour la vie. J’ai planté des châtaigniers il y a trois ans et ils m’ont déjà dépassé.»

Le propriétaire n’a pas d’obligation d’entretien sur son terrain, il ne doit juste rien construire de permanent. Il pourrait vendre son bois, mais fait le choix de ne rien couper. Il a même créé un îlot de sénescence qui protège les arbres pour les cinquante prochaines années, quels que soient les futurs propriétaires.

>> Le sujet du 19h30:

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Marché confidentiel

Laurent Thévoz rapporte qu’il y a beaucoup de forêts à vendre, mais que peu de gens le savent, car c’est un marché confidentiel. «Personne ne sait que ça vaut 1 franc le mètre carré. Ça ne vaut rien. C’est à portée de tout le monde», dit-il. Il a payé 9000 francs pour 7700 m2.

Comme lui, 245’000 particuliers en Suisse sont propriétaires d’une forêt.

Préserver, pas exploiter

Au Mont-Vully, Pro Natura s’est donné l’objectif de regrouper ces petites propriétés privées pour créer une réserve forestière. Les héritages successifs ont en effet souvent morcelé les parcelles, rendant l’exploitation de la forêt inégale et imprévisible.

«On voit sur les cent mètres autour de nous une vingtaine de parcelles toutes petites. C’est tellement étroit qu’on ne peut presque pas dire quel arbre est sur quelle parcelle», observe Léo Constantin, chef de projet Biodiversité en forêt chez Pro Natura Fribourg.

L’objectif est de racheter ces parcelles pour assurer leur gestion durable à l’avenir. Un travail de contact fastidieux que les autorités publiques n’ont bien souvent pas les ressources d’effectuer elles-mêmes. «Si une crise énergétique survenait dans soixante ans, ces forêts pourraient être exploitées et toutes les valeurs naturelles accumulées au fil des décennies seraient perdues. On a envie de pérenniser ça sur le très long terme», détaille-t-il.

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Protéger les microhabitats

Ces actions individuelles ont-elles vraiment un sens, alors que les trois quarts des forêts suisses sont publiques? Sans aucun doute, répond Lukas Friedli, ingénieur forestier dans le deuxième arrondissement fribourgeois. Le canton encourage même la démarche.

«Quand on est dehors avec des propriétaires privés, on leur dit: ‘Ici, il y a un arbre intéressant biologiquement. Peut-être que vous voulez le laisser parce que le bois n’a plus grande valeur, mais il y a plein de microhabitats’», explique-t-il. Une biodiversité forestière particulièrement bénéfique pour les petites espèces dont on ignore souvent l’existence et qui bénéficient de ces mises en réserve.

Des initiatives citoyennes au-delà des frontières

En France voisine, des groupements forestiers citoyens se sont constitués avec la même démarche. À quelques minutes de la frontière suisse, des Jurassiens se sont réunis pour acheter et exploiter des forêts de manière durable. Via un système de parts sociales, chacun en est copropriétaire. Leur première acquisition est une parcelle de 6 hectares.

«Je crois qu’il ne faut pas tout attendre de l’État. Nous, les citoyens, on peut agir, on a un rôle à jouer», témoigne Christine Combe, co-présidente de Forêts Naturelles du Jura.

Le groupement compte aujourd’hui 17 membres et espère en recruter de nouveaux pour permettre de nouvelles acquisitions. Parmi eux, Dominique a été séduit par le modèle: «J’ai investi, mais ce n’est pas capitalistique. C’est un travail participatif». Elisabeth a elle aussi eu un coup de foudre pour cette forêt. «Ce qui me réjouit, c’est de me dire qu’elle est dans un groupement et que son avenir est pérenne.»

Les réserves forestières, développées surtout en montagne, restent rares sur le Plateau suisse. Leur développement passera peut-être par de telles initiatives citoyennes.

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