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Querelle patriotique sur une épice qui n’a pourtant jamais été vraiment suisse

Arôme
La célèbre boîte jaune que l’on trouve encore dans de nombreuses cuisines suisses. Keystone / Laurent Gillieron

Le fabricant d’arômes Knorr passe en mains américaines. Mais la résistance s’organise. Certains aimeraient que l’Aromat continue à être produit localement.

Sel, exhausteurs de goût, lactose, amidon de blé, huile de tournesol et de palme, oignons, ail, curcuma, antiagglomérants, extraits de champignons et d’épices: les ingrédients du célèbre Aromat ne sont pas si spectaculaires que cela.

Mais l’Aromat n’est pas qu’un simple condiment à saupoudrer. Pour de nombreux Suisses, c’est la boîte jaune avec son personnage Knorrli qui doit se trouver dans chaque armoire à épices. Certains médias qualifient même l’Aromat de «condiment culte suisse» ou d’«or jaune de la Suisse».

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De l’Europe à l’Amérique

L’annonce a été faite début avril: le groupe Unilever a annoncé qu’il allait vendre une grande partie de sa division alimentaire à McCormick, le plus grand fabricant d’épices au monde; Knorr en fait partie.

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Certes, le fabricant d’arômes n’était déjà pas en mains suisses – Unilever est une entreprise anglo-néerlandaise – mais de nombreux Suisses n’apprécient pas la vente au fabricant d’épices américain.

Ils craignent que les Américains ne ferment le site de production de Thayngen, dans le canton de Schaffhouse, et que l’épice nationale suisse ne soit plus produite dans le pays. Le promoteur économique schaffhousois Christof Schärrer appelle par exemple à manger beaucoup de purée Stocki et à l’assaisonner avec de l’Aromat. Cela devrait contribuer à ce que la production reste en Suisse, a-t-il récemment déclaré à la SRF.

«L’Aromat appartient à la Suisse»

Le jeune entrepreneur bâlois Michael Oehl est allé plus loin et a lancé une pétition intitulée «Aromat ghört dr Schwiiz» (l’Aromat appartient à la Suisse). Selon lui, le condiment jaune n’est pas un produit ordinaire. «Il fait partie de l’ADN suisse», écrit Michael Oehl dans la pétition.

Qu’adviendra-t-il de la pétition une fois la collecte de signatures terminée? Selon le site web de l’organisation Campax, la pétition Aromat s’adresse à McCormick, Unilever et au ministre de l’Économie Guy Parmelin.

Mais, interrogé à ce sujet, le pétitionnaire Michael Oehl explique qu’il s’agit d’une initiative entrepreneuriale et non politique. «Nous ne demandons pas d’intervention de l’État ni d’intervention dans l’économie. Nous voulons nous asseoir à la même table que McCormick et Unilever. Nous cherchons le contact en tant qu’interlocuteur, pas en tant que protestataire», indique Michael Oehl à la SRF.

La pétition demande que le site de production de Thayngen soit assuré et que la recette d’Aromat soit maintenue. En outre, le texte demande de vérifier s’il y aurait de potentiels acheteurs suisses ou si une participation suisse est possible avant que la vente ne soit définitivement conclue. Plus de 10’000 personnes ont déjà signé la pétition.

Mais l’Aromat est-elle vraiment notre «épice nationale», comme certains aiment à l’affirmer? Paul Imhof, journaliste à la retraite et auteur du livre «Le patrimoine culinaire suisse», estime que ce n’est pas vraiment le cas. «Le cervelas est lui aussi qualifié de saucisse nationale suisse, mais il est par exemple beaucoup moins répandu au Tessin qu’en Suisse alémanique». Selon lui, la Suisse et ses régions ne sont pas aussi uniformes qu’on le pense souvent.

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Le fait que l’Aromat soit considéré comme une épice culte suisse a beaucoup à voir avec l’identité – ou plutôt avec sa perte: dans un monde de plus en plus international, les craintes de perdre quelque chose de suisse ne sont pas loin. Dans le domaine culinaire, les kebabs, les restaurants thaïlandais et les pizzerias sont autant de références qui dominent désormais le paysage gastronomique de nos villes.

Au milieu du 19e siècle, l’entrepreneur allemand Carl Heinrich Knorr fonde l’entreprise qui produira plus tard l’Aromat à Heilbronn, en Souabe. Vers la fin du siècle, son fils ouvre la première succursale à St. Margrethen, qui est transférée peu après à Thayngen, dans le canton de Schaffhouse. De là, l’entreprise exporte rapidement ses soupes en sachet dans toute la Suisse et à travers le monde.

Après la Seconde Guerre mondiale, le cuisinier suisse Walter Obrist conçoit à Thayngen de nouvelles recettes pour différentes soupes – également sous forme de granulés. En 1953, il invente finalement l’Aromat. Knorr offre ensuite 30’000 boîtes aux bistrots et restaurants de toute la Suisse. En l’espace de quelques mois, l’Aromat devient connu et apprécié dans tout le pays.

Parallèlement, la tendance est à la «cuisine du terroir», qui remet l’accent sur la régionalité et la signification culturelle des plats. «C’est un va-et-vient», explique Paul Imhof.

Pour ceux qui craignent désormais pour l’Aromat, il rappelle que d’autres produits emblématiques comme Sugus, Toblerone ou Ovomaltine ont déjà été rachetés et/ou leur production délocalisée à l’étranger.

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