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Le nihilisme violent, une nouvelle sorte d’extrémisme en Suisse

silhouettes de personnes
Des silhouettes de personnes lors de manifestations à Malmö, en Suède, en avril 2022 (image d'illustration) Keystone/Johan Nilsson

Une nouvelle forme d'extrémisme inquiète les autorités suisses. Le nihilisme violent glorifie la violence pour la violence, sans idéologie sous-jacente. Ce mouvement touche principalement des jeunes, radicalisés en ligne.

La violence comme seule finalité. C’est ce qui caractérise le nihilisme violent, une forme d’extrémisme en expansion. Contrairement aux radicalisations traditionnelles, ce mouvement ne défend aucune cause politique ou religieuse.

«Dans le cas du nihilisme extrémiste, la violence est non seulement un moyen, mais aussi une fin en soi», explique Géraldine Casutt, chercheuse et responsable de missions à l’unité de prévention des radicalisations du canton de Vaud, dans La Matinale de la RTS. Cette violence sert la destruction de la société en sapant ses fondements moraux.

>> Ecouter le sujet de La Matinale :

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Une nébuleuse de groupes en ligne

Le nihilisme violent se compose d’une multitude de réseaux décentralisés, mais connectés. Parmi eux figurent les groupes CVLT, 764, No Lives Matter ou Maniac Murder Cult.

Ces communautés glorifient et encouragent toutes la violence, sous différentes formes. Certaines ciblent des jeunes vulnérables pour les contraindre à s’automutiler, à torturer des animaux ou encore filmer des actes sexuels. Les violences peuvent aller jusqu’au suicide ou au meurtre. D’autres glorifient les auteurs de tueries de masse ou publient des guides pour commettre des actes violents.

Commettre un acte de violence et le documenter permet d’obtenir un statut au sein du groupe. Les victimes deviennent alors fréquemment des auteurs à leur tour.

Normalisation de la violence

Internet constitue le terrain de recrutement de ces mouvements. Des contenus problématiques sont facilement accessibles, même sur des plateformes grand public comme TikTok.

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En quelques minutes sur ce réseau social, on trouve des recommandations vestimentaires inspirées de jeunes auteurs de fusillades. Des montages vantent leur «beauté» et le nombre de leurs victimes. Des vidéos utilisent l’intelligence artificielle pour animer ces tueurs dans des chorégraphies.

«L’anonymat en ligne facilite l’expression d’un certain goût pour la violence sans avoir peur des répercussions pénales», analyse Ahmed Ajil, criminologue à l’Université de Lucerne et expert de l’extrémisme. «On ne se rend pas compte de la gravité des choses qu’on dit ou des contenus qu’on consomme. L’anonymat joue donc un rôle de facilitateur pour ces réseaux-là.»

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L’idéologie comme vernis

Le nihilisme violent peut parfois se superposer à d’autres mouvances. «Vous allez avoir des jeunes qui vont autant aller piocher dans la matrice idéologique du nazisme, du djihadisme et du masculinisme», précise Géraldine Casutt. «Le fil rouge n’est pas tant la pensée, mais bien la violence.»

Dans ces cas, l’idéologie sert uniquement à justifier et rationaliser la violence. «Ce phénomène arrive à se greffer de manière opportuniste à différentes idéologies», confirme Ahmed Ajil. «Depuis l’extérieur, on a l’impression d’avoir affaire à un extrémisme idéologique. Mais c’est le besoin de s’engager dans la violence qui prédomine.»

Une détection complexe

Identifier cette forme de radicalisation n’est pas automatique. Il faut pouvoir établir qu’un acte criminel isolé s’inscrit dans un réseau plus large. Ce lien n’est pas toujours fait par les autorités.

Cette difficulté complique la documentation du phénomène et empêche d’en mesurer l’ampleur réelle.

Des jeunes isolés et en quête de sens

Les profils concernés sont principalement des jeunes, voire très jeunes. Il s’agit surtout de garçons, même si les filles ne sont pas absentes, notamment parmi les victimes. La plupart ont eu un accès non supervisé à internet dès leur plus jeune âge.

D’autres facteurs favorisent cette radicalisation. L’isolement social, les sentiments d’injustice et le besoin de reconnaissance jouent un rôle important.

«Les gens qui tombent dedans sont à la recherche de quelque chose», souligne Géraldine Casutt. «Vous avez un malaise, un point d’interrogation au milieu de votre cœur et dans votre tête. Et il faut trouver une réponse. C’est la force de ces réseaux: ils vont vous donner une réponse.»

Comprendre pour prévenir

La recherche sur ce phénomène reste limitée. Pourtant, comprendre les mécanismes du nihilisme violent, mais aussi les facteurs qui poussent à la radicalisation, est essentiel pour la prévention et la détection des cas.

En décembre dernier, le Canada a désigné plusieurs groupes liés au nihilisme violent comme organisations terroristes. En Suisse, les autorités prennent progressivement conscience de cette menace émergente.

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