Médias suisses: les musulmans souvent présentés comme une menace
(Keystone-ATS) Les musulmans sont souvent présentés comme un danger pour la Suisse, constate une étude mercredi. Trois raisons expliquent cet amalgame: des attentats terroristes à l’étranger, une tactique des partis populistes de droite et la tendance des médias à la polarisation et à la généralisation.
Deux sociologues de l’Université de Zurich notent que dans le débat public, les migrants de confession musulmane sont perçus en bloc comme des musulmans et comme une menace pour la Suisse. Et ce même lorsqu’ils n’ont rien à voir avec le fondamentalisme.
Les deux chercheurs ont analysé des quotidiens et des hebdomadaires parus depuis 1960 et ausculté des émissions d’information de la télévision publique alémanique (SF) diffusées depuis 1998. Ils se sont aussi penchés sur les interventions parlementaires et leur compte-rendu dans les médias.
Le tournant du 11 septembre
Longtemps, les musulmans n’ont guère été mentionnés dans le discours public en tant que groupe religieux. Les choses changent après les attentats terroristes de septembre 2001 aux Etats-Unis. «Au départ, les médias faisaient une claire différence entre le terrorisme islamique à l’étranger et les musulmans de Suisse, intégrés et pacifistes», signale un des chercheurs.
Le tournant s’est amorcé dès 2004. Il y a eu les attentats de Madrid et de Londres, en 2005, puis la controverse des caricatures de Mahomet, en 2006. La perception d’un islam belliqueux impliqué dans des conflits internationaux a été de plus en plus généralisée aux musulmans de Suisse, note l’étude.
L’influence de l’UDC
L’analyse des sociologues montre que cette perspective a été surtout attisée par l’UDC. Dans ses annonces et sur ses affiches, ce parti a toujours plus souligné l’origine musulmane des migrants.
Dans le cadre de l’initiative anti-minarets, les comptes-rendus des médias sur cette minorité sont devenus de plus en plus généralisateurs et négatifs. En 2006, dans les médias étudiés, près d’un tiers des catégorisations associées aux musulmans étaient généralisatrices ou négatives. Le taux atteint la moitié en 2009.