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«Défendre la Suisse n’a jamais été dur»

Jean-Claude Juncker, président du Conseil de l'Union européenne. Keystone

Pour Jean-Claude Juncker, président du Conseil de l’Union européenne, une bonne relation entre la Suisse et l’UE est une évidence.

Le Premier ministre luxembourgeois l’a dit dans une interview accordée à swissinfo.

Le premier ministre luxembourgeois jouit d’une très bonne réputation au sein de l’Union européenne (UE). Bien que Premier ministre d’un petit Etat, il passe pour l’un des politiciens européens les plus crédibles et les plus influents.

swissinfo: Lors de la visite d’Etat du président de la Confédération au Luxembourg, début février, vous avez déclaré que Samuel Schmid n’aimerait pas échanger sa place contre la vôtre. Que devrait apprendre Samuel Schmid pour devenir un bon président du Conseil de l’UE?

Jean-Claude Juncker: Si je voulais rendre la vie difficile à Samuel Schmid, alors je lui décrirais maintenant ce qu’il devrait faire pour être un bon président!

Plus sérieusement, en Suisse, il y a beaucoup de gens qui ne peuvent absolument pas s’imaginer qu’un Suisse devienne un jour président du Conseil de l’UE, voire même qu’il le veuille.

A l’inverse, il y a beaucoup de choses en Suisse que l’UE pourrait prendre pour modèle. J’éprouve le plus grand intérêt pour votre démocratie exemplaire.

swissinfo: L’UE se compose aujourd’hui de 25 membres. Demain, ils seront 30 ou plus. Cela rend-il la position de la Suisse – qui persiste à rester à l’extérieur de l’UE – plus difficile?

J.-C. J. : Vu que je suis un ami de la Suisse et que je connais les sentiments des Suisses, je me garderai de vous dispenser quelque conseil que ce soit.

Du point de vue de la démocratie, le peuple suisse est très mûr. Mais je ne veux pas en dire plus concernant les votations qui vont avoir lieu dans votre pays.

swissinfo: Dans le cadre de la prochaine votation sur Schengen, l’expérience du Luxembourg est cependant intéressante pour la Suisse. Depuis presque 50 ans, la frontière avec la Belgique est ouverte. Depuis 10 ans, elle l’est également avec la France et l’Allemagne. N’avez-vous jamais souhaité en revenir à une frontière classique, avec des barrières?

J.-C. J. : Je ne peux même pas m’imaginer qu’on remette des barrières à nos frontières. Les frontières traditionnelles séparent. Au Luxembourg, les frontières relient.

L’autonomie des différentes nationalités européennes doit être respectée. Mais ces nationalités doivent s’inscrire dans un patriotisme moderne, qui fait que l’on peut être à la fois luxembourgeois et européen, ou suisse et européen.

swissinfo: Le Luxembourg connaît aussi un secret bancaire. A-t-il été utile pour celui-ci que les adversaires du secret bancaire à l’intérieur de l’UE aient eu à négocier avec la Suisse?

J.-C. J. : Pour nous, il était évident que l’UE devait trouver une solution qui implique également les centres financiers des Etats tiers. Pas seulement la Suisse, mais aussi la Suisse.

C’est pourquoi la controverse a été très vive avec la Suisse. Mais nous, au Luxembourg, nous nous sommes toujours prononcés pour un bon accord avec la Suisse. Et nous avons aussi souvent pris sa défense lorsqu’elle faisait l’objet de reproches qui n’étaient pas tolérables.

Nous l’avons fait non pas parce que nous défendons les mêmes intérêts, mais parce que la Suisse est un pays qui entretient des relations amicales avec l’UE. Pour moi, il n’a jamais été dur de défendre la Suisse.

swissinfo: A part le secret bancaire, qu’est-ce qui lie le Luxembourg et la Suisse?

J.-C. J. : La Suisse et le Luxembourg représentent bien plus que des Etats dans lesquels existe un secret bancaire. Ce sont aussi deux petits pays sur le continent européen qui ont la même dignité que les grands Etats.

Mais avant tout, ce sont deux pays qui ont conscience de leur petitesse, alors que nos grands voisins ne sont très souvent pas conscients que, dans une certaine mesure, ils sont également petits.

swissinfo: Vous êtes souvent à Locarno pour vos vacances. Allez-vous au festival du film?

J.-C. J. : Il m’arrive d’y regarder quelques films, mais c’est rare. Je voyage au Tessin pour être au calme. Je contemple le lac Majeur et je me régale de ce panorama.

Interview swissinfo, Simon Thönen
(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard)

Jean-Claude Juncker est âgé de 50 ans.
Membre du Parti chrétien-social, il est le Premier ministre du Luxembourg depuis 10 ans. Il est aussi ministre luxembourgeois des Finances.
Il assume la présidence tournante du Conseil de l’UE durant le premier semestre 2005.
Premier président de l’’eurogroupe’ des ministres des Finances de la zone euro.

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