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La droite dure maintient la pression

Un portefeuille ministériel n'a pas suffi à assagir Christoph Blocher, leader de l'UDC. Keystone Archive

Pour ses adversaires, la droite dure a encore fait figure d’épouvantail en 2004. L’accession de son leader au gouvernement ne l’a pas fait rentrer dans le rang.

Reste à voir si l’Union démocratique du centre pourra continuer à autant marquer la politique suisse de son empreinte. Les avis sont partagés.

Il est difficile de tirer un bilan de l’année 2004 pour l’Union démocratique du centre (UDC / droite dure). Le parti a certes connu de beaux succès, mais aussi quelques échecs.

Côté succès, il a réussi, seul contre tous, à faire capoter le projet de naturalisation facilitée pour les jeunes étrangers. Il est également parvenu à enregistrer une progression dans quelques parlements et gouvernements cantonaux.

Côté échecs, la droite dure, là aussi seule contre tous, n’a pas réussi à faire une nouvelle fois barrage à l’assurance maternité. Au plan électoral, elle n’est pas parvenue à bouleverser le paysage politique valaisan.

«L’UDC ne donne de loin pas le «la» dans la politique suisse, analyse Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du Parti socialiste (PS). Elle a connu des échecs massifs concernant le paquet fiscal ou l’assurance maternité. Mais elle reste très forte dès que l’on vote sur des questions identitaires.»

Or il sera bel et bien question d’identité en 2005. Les citoyens seront très certainement appelés à se prononcer sur la participation de la Suisse aux Traités européens de Schengen (sécurité) et de Dublin (asile). Le Parlement a accepté ces objets, mais l’UDC a d’ores et déjà annoncé qu’elle lancera le référendum.

Pas de retour à la normale

L’UDC a donc encore la capacité de jouer les trublions de la politique suisse. Pourtant, d’aucuns avaient pensé pouvoir museler le parti en élisant son leader charismatique Christoph Blocher au gouvernement (décembre 2003).

L’idée était simple. Confrontée à la réalité du pouvoir, l’aile dure du parti n’aurait théoriquement plus eu la possibilité de jouer aussi facilement la carte de l’opposition.

Un an après, force est de constater que cette tactique a échoué. Christoph Blocher a plusieurs fois mis à mal le principe de collégialité du gouvernement et l’UDC n’a pas hésité à s’attaquer aux positions (assurance maternité, Schengen/Dublin, naturalisations…) défendues par un collège gouvernemental dont elle fait partie.

«De nombreux parlementaires bourgeois pensaient qu’en cooptant Christoph Blocher au gouvernement, on le rendrait coopératif, relève Kurt Imhof, professeur de sociologie à l’Université de Zurich. Ce calcul était naïf.»

Même son de cloche pour Jean-Philippe Jeannerat. «Ceux qui ont joué avec cette idée ont fait preuve de naïveté ou ont tenté de cacher leurs motivations véritables. Il était d’emblée erroné de penser qu’en mettant une personnalité aussi forte que Christoph Blocher au gouvernement, l’UDC se laisserait museler.»

Le sommet de la vague?

Reste à voir maintenant si l’UDC sera capable de jouer longtemps encore sur les deux tableaux – participation au gouvernement et politique d’opposition – tout en enregistrant des succès électoraux importants.

La droite dure est en progression constante depuis le début des années 80, mais jusqu’à présent, personne n’a pu dire si elle avait atteint le sommet de la vague.

«Il est difficile de dire si l’UDC progressera encore, admet Jean-Philippe Jeannerat. Si le système suisse – qui vise à intégrer les principales forces politiques – reste stable, elle restera forte, mais elle ne pourra aller beaucoup plus loin. Depuis 1945, aucun parti n’a pu franchir la barre des 30% de l’électorat ni se maintenir durablement près des 30%.»

«Par contre, si la polarisation de l’échiquier politique se confirme, le PS et l’UDC continueront de progresser au détriment du centre et de la droite classique, dit encore le porte-parole. Si ce processus devait se poursuivre, il n’est pas exclu que l’on assiste dans les dix ans à un bouleversement complet du système politique et à un regroupement des forces avec un système à trois partis qui s’orienterait vers une logique d’alternance.»

Membre du parti qui a dû céder un siège gouvernemental à l’UDC, le député démocrate-chrétien (PDC / centre-droit) Pierre Koller ne connaît pas davantage l’avenir. «Tout ce que je constate, c’est que l’UDC au pouvoir n’est pas plus capable que les autres partis de faire des économies et de résoudre des problèmes.»

«Jusqu’à présent, l’UDC avait la tâche facile, poursuit-il. Elle utilisait la tribune du Parlement pour démolir le gouvernement. Or aujourd’hui, avec les radicaux (PRD / droite), elle est majoritaire au gouvernement, mais les affaires du pays ne vont pas mieux. La population va se rendre compte qu’elle n’avait affaire qu’à de belles paroles.»

Kurt Imhof est plus catégorique. Pour le sociologue, l’UDC a désormais atteint son point culminant. Les tensions qui existent au gouvernement depuis l’arrivée de Christoph Blocher marqueront un tournant dans l’histoire à succès de l’UDC.

«Les forces qui critiquent par trop une culture politique basée sur le consensus en subiront le contrecoup», prédit le sociologue.

A chacun sa stratégie

Pour contrer l’UDC en 2005, ses adversaires misent sur différentes stratégies. Comme par le passé, les démocrates-chrétiens vont continuer de tenter de convaincre les citoyens que les vraies solutions aux problèmes ne se trouvent pas dans les extrêmes.

«La population doit maintenant comprendre qu’une politique des extrêmes n’est pas viable, dit Pierre Koller. Un des points forts de notre pays est le consensus politique. Un consensus que tout le monde critique, mais que tout le monde considère finalement comme un bon système pour la stabilité économique.»

Lors des dernières élections fédérales, ce plaidoyer pour le centre n’avait cependant guère convaincu les électeurs. Mais peut-être le vent est-il en train de tourner.

En effet, en 2004, plusieurs votations ont montré que les citoyens préféraient les propositions nées d’un consensus à celles trop marquées à droite ou à gauche. Reste à voir si ce souci de consensus dans des votations peut également peser sur les diverses élections.

Quant aux socialistes, ils estiment que pour contrer l’UDC, il faut arrêter de tout concentrer sur la personne de Christoph Blocher et reconquérir l’électorat de la droite dure. Et pour y parvenir, rien ne vaut un retour aux valeurs de base de la gauche.

«Il faut se concentrer sur les thèmes qui sont notre marque de fabrique, souligne Jean-Philippe Jeannerat. Les assurances sociales bien sûr, mais aussi des thèmes comme la protection de l’environnement ou la défense des salariés. Nous devons concentrer nos efforts et ne pas nous disperser, c’est ce qui va rehausser notre crédibilité.»

swissinfo, Olivier Pauchard

Deux des sept membres du gouvernement sont UDC.
L’UDC compte 56 représentants à la Chambre basse (sur 200) et 8 représentants à la Chambre haute (sur 46).
Le parti compte environ 80’000 membres.
L’UDC est actuellement le plus grand parti de Suisse.

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