Aucun virage à droite au Parlement suisse
Le centre continue à enregistrer les succès au Conseil national. Selon une étude, la montée en puissance de l'Union démocratique du centre ne s'est pas accompagnée d'un virage à droite.
Cette étude sur la formation des majorités à la Chambre basse du Parlement entre 1996 et 2005 a été présentée mardi par l’Université de Berne.
L’émergence de l’Union démocratique du centre (UDC / droite dure) n’a donc pas conduit à un glissement à droite de la politique fédérale ni à un blocage politique.
L’analyse des votes montre que le succès d’un groupe parlementaire ne dépend de sa taille que dans une mesure limitée.
Malgré les sièges perdus, le Parti démocrate-chrétien (PDC / centre droit) et le Parti radical (PRD / droite) sont ceux qui ont enregistré les meilleurs taux de succès dans les votes à la Chambre basse au cours de chacune des trois législatures (90,1% et 81,4%).
Les partis à gauche et à droite de l’échiquier politique, qui gagnent les faveurs de l’électorat depuis un certain temps, ne sont pas parvenus à profiter directement de leur progression.
L’explication de ce phénomène réside dans le jeu des coalitions entre groupes parlementaires. Le PDC et le PRD adoptent rarement des positions isolées, alors que le Parti socialiste, par exemple, fait le plus souvent cavalier seul (taux de réussite: 56,6%).
A l’autre bout de l’échiquier, l’UDC a aussi de plus en plus tendance à se dresser seule contre tous. Le nombre de situations de ce type a presque doublé par rapport au début de la période d’analyse (1996).
Effritement du camp bourgeois
Le succès du groupe UDC n’a donc pas été dopé par la progression marquée que ce parti a réalisée entre la 45e et la 47e législature (taux de réussite aux votes: 67%).
Au contraire, l’attitude peu encline au compromis de l’UDC a contribué à l’effritement du camp bourgeois, selon l’analyse de l’Université de Berne présentée mardi.
Toutefois, en raison de sa propre politique peu conciliante, le camp rose-vert n’est guère parvenu à profiter de la situation au détriment du centre. Il apparaît aussi que les élections de 2003 n’ont débouché ni sur un virage à droite, ni incité le PDC et le PRD à se rapprocher du camp rose-vert.
«Le succès est une question de positionnement et pas de taille du parti», précise Daniel Schwarz, un des auteurs de l’étude.
Autre constat: la lutte politique qui oppose le camp rose-vert aux trois groupes bourgeois est la configuration d’alliances la plus fréquemment observée.
Environ 40% des coalitions entrent dans ce schéma. Avec 15% des cas, le schéma PS-Verts-PDC contre PRD-UDC se classe en deuxième position. En revanche, la coalition des quatre partis gouvernementaux contre les Verts ne s’est formée que dans 2% des cas.
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Majorités hétérogènes et flexibles
Les politologues de Berne constatent aussi que la concordance entre les groupes parlementaires bourgeois a tendance à baisser surtout dans les domaines de la politique internationale et des questions sociales.
La collaboration entre le PDC, le PRD et l’UDC s’est par contre intensifiée dans les domaines de la santé, de l’environnement et de l’énergie.
Quant à la coalition entre la gauche et le PDC, elle est moins nette en matière d’économie et de sécurité, mais a progressé notamment sur les questions sociales et la politique européenne.
L’étude mandatée par les Services du Parlement de l’Assemblée fédérale révèle que la formation des majorités est plus hétérogène et flexible que jamais.
Il n’y a pas de lutte qui oppose régulièrement une majorité à une opposition stables. Il n’y a donc aucun blocage du processus législatif.
Daniel Schwarz note en outre que les médias se trompent de cible lorsqu’ils focalisent leur attention sur la composition du Conseil féréral (gouvernement).
C’est en effet le mode de formation des majorités au Parlement qui devrait occuper le devant de la scène. La souplesse qui permet de former des coalitions, objet par objet, est un élément clé de la séparation des pouvoir.
Equilibre et partage du pouvoir
Les politologues estiment que même une nouvelle modification de la répartition des sièges et un renforcement de la polarisation n’empêcherait pas le système actuel de fonctionner avec une souplesse suffisante.
La situation deviendrait plus délicate en cas de coalitions régulières entre groupes proches comme l’UDC et le PRD ou le PS et les Verts. Ce scénario est toutefois très peu probable.
En conclusion, les auteurs constatent que le système parlementaire suisse favorise les formations du centre et celles qui sont capables de composer avec d’autres.
Malgré les tendances à la polarisation très nettes de ces dernières années, la formation de majorités et de coalitions au Conseil national demeure à leurs yeux garante d’équilibre et d’un bon partage du pouvoir.
swissinfo et les agences
«Formation des majorités et des coalitions au Conseil national» a été commandée par les Services du Parlement de l’Assemblée fédérale suisse (les deux chambres réunies).
Réalisée par l’Institut des Sciences politiques de l’Université de Berne, cette étude se fonde sur l’analyse des votes des députés enregistrés par le système électronique du Conseil national entre novembre 1996 et octobre 2005. Et c’est une première.
Pour les auteurs de l’étude, deux ou plusieurs groupes parlementaires forment une coalition lorsqu’au moins deux tiers des votants de chacun d’entre eux ont adopté le même point de vue (pour ou contre). Dans ce cas de figure, le résultat des votes au sein des groupes parlementaires autres que ceux qui forment la coalition n’est pas pris en compte.
Dans certains cas, les coalitions d’opposition ont également été intégrées à la réflexion. Le cas échéant, le critère déterminant de l’existence d’une telle coalition n’est pas la majorité des deux tiers, mais la majorité absolue des votants.
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