Initiative «Oui à l’Europe»: un scrutin test pour l’avenir européen de la Suisse
Les partisans de l´initiative «Oui à l'Europe» ont lancé mardi à Berne leur campagne en vue des votations fédérales du 4 mars. Ils ne se font certes pas d´illusions sur l´issue du scrutin. Mais un bon résultat permettrait de préparer l'avenir.
Le premier objectif est que plus de la moitié des voix populaires acceptent cette initiative qui demande que le Conseil fédéral ouvre sans délai des négociations en vue d’une adhésion de la Suisse à l’Union européenne, explique François Cherix, membre du comité d’initiative. «Ce sera difficile, mais pas impossible».
Les partisans de l’initiative ne tablent pas, en revanche, sur une victoire au niveau des cantons. Leur objectif est d’ailleurs modeste, puisqu’ils espèrent que sept cantons, dont les romands, accepteront le texte. Mais si cet objectif est atteint, «cela permettra de préparer un socle pour gagner dans une future votation la majorité des Etats», relève François Cherix.
Enfin, le dernier objectif est d’ouvrir le débat sur l’adhésion à l’Union européenne, afin qu’il s’inscrive de manière durable est dynamique sur l’échiquier de la politique suisse.
L’énoncé de ces objectifs montre donc que les partisans de l’initiative ne croient guère à un succès le 4 mars, même si les derniers sondages montrent qu’ils sont coude à coude avec leurs adversaires. Mais l’idée, c’est bien de relancer le débat sur l’Europe et de montrer qu’une majorité du peuple est favorable à l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne.
Et, pour rallier le plus de suffrages possibles, les partisans de l’initiative entendent montrer que leur texte est «raisonnable». Concernant la nécessité d’adhérer tout d’abord, le discours des europhiles reste le même: la Suisse ne peut pas demeurer éternellement une île au milieu d’une Europe en construction et, dans ce contexte, il vaut mieux y participer que la subir.
Et le radical Guy-Olivier Segond (PRD) de marteler: «refuser d’adhérer, ce n’est pas de la sagesse, c’est de l’aveuglement». Le conseiller d’Etat genevois explique que Genève, avec ses ambassades et ses organisations internationales, peut constater chaque jour un peu plus que l’«Alleingang» est une position de moins en moins tenable. D’ailleurs, le gouvernement genevois soutient totalement l’initiative «Oui à l’Europe».
Mais reste toute la question de savoir si cette initiative vient au bon moment. Pour ses adversaires, ce n’est pas le cas. Ils estiment que c’est au Conseil fédéral de prendre l’initiative. En effet, le gouvernement serait plus à même d’en déterminer le moment le plus favorable, notamment grâce au rapport d’intégration et aux premiers résultats de l’application des accords bilatéraux.
Les partisans de l’initiative rejettent totalement cette théorie du «meilleur moment». Ainsi, pour Guy-Olivier Segond, «le choix du bon moment est impossible à déterminer en politique, sauf pour les astrologues…». En fait, pour les europhiles, le «choix du bon moment» n’est qu’un nouveau prétexte des adversaires de l’adhésion pour en repousser l’échéance.
Et le conseiller aux Etats Eugen David (PDC) de renchérir: «l’initiative ne vient pas trop tôt. Elle vient trop tard. Plus nous attendrons, plus le prix d’entrée dans l’Union européenne sera élevé».
La campagne proprement dite en vue des votations du 4 mars a commencé mardi. Plus de 200 militants sont allés à la rencontre du public dans quinze gares du pays pour stimuler la réflexion sur le dossier européen.
En plus des traditionnels stands, affiches et annonces publicitaires, plusieurs évènements sont au programme des 55 prochains jours. Des tournées en bus et de bistros seront organisées dès le 22 janvier. De plus, des meetings, en présence de «prestigieux invités européens» se tiendront le 2 février à Genève et le 4 à Zurich.
Les partisans de l’initiative pourront notamment compter sur le soutien d’une centaine de parlementaires fédéraux qui appartiennent à la plupart des grandes formations politiques du pays, à l’exception de l’Union démocratique du centre. Le budget de campagne est actuellement estimé à 1,4 million de francs.
Olivier Pauchard
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