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La question européenne aux oubliettes

C'est la déception dans le camp des partisans de l'initiative. Keystone

Les partisans de l'initiative «Oui à l'Europe» ont subi dimanche un véritable Waterloo. Les objectifs fixés par les initiants n'ont, et de loin, pas été atteints. Du coup, la question européenne pourrait bien être enterrée pour de nombreuses années.

Les partisans de «Oui à l’Europe» n’ont jamais réellement pensé que leur texte pourrait passer la rampe. Ils s’étaient toutefois fixé un but ambitieux, mais accessible. A savoir, l’acceptation de l’initiative par au moins sept cantons, dont tous les romands, et par au minimum 40% des citoyens.

Pour les initiants, un tel score aurait permis de montrer que la question européenne jouit encore d’un large soutien en Suisse. La pression aurait ainsi pu être maintenue sur le Conseil fédéral. Et la question de l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne (UE) aurait pu rester d’actualité.

Mais, pour les europhiles, cette journée de votation restera comme un nouveau «dimanche noir». L’électorat alémanique, comme c’était prévisible, a massivement rejeté le texte. Mais surtout, et ça c’est nouveau, les cantons romands, traditionnellement europhiles, ont également exprimé un avis négatif.

Le contexte politique a certainement joué en défaveur de l’initiative. Les Suisses ont accepté les accords bilatéraux avec l’Union européenne (UE) depuis moins d’un an. Or, ces accords, notamment avec la libre circulation des personnes, permettront à la Suisse d’éviter en grande partie les principaux inconvénients inhérents à son isolement.

Et ceci à un moment où l’économie suisse tourne à nouveau à plein régime après des années de crise. Du coup, accords bilatéraux et croissance retrouvée font qu’une éventuelle adhésion à l’UE représente de moins en moins une «bouée de sauvetage» pour bien des Suisses.

Par ailleurs, une grande partie des Parlements des quinze pays de l’UE n’ont pas encore ratifié ces accords. Il n’est donc pas encore possible d’en mesurer les effets. Or, du côté suisse, de larges milieux, et en premier lieu le gouvernement, attendent d’en savoir plus pour faire un nouveau pas vers l’adhésion.

Enfin, les récentes déclarations de Chris Patten n’ont en rien favorisé le camp des europhiles. Dans une lettre au Conseil fédéral, le commissaire européen avait en effet lié la ratification des accords bilatéraux à une meilleure collaboration de la Suisse en matière de fraude fiscale et de contrebande. A coup sûr, ces menaces à peine voilées n’ont pas augmenté la cote d’amour des Suisses envers l’UE.

Compte tenu du très clair manque de soutien des citoyens à la cause de l’adhésion, les europhiles auront certainement bien du mal à relancer le débat au cours des prochains mois. Le dossier pourrait donc bien dormir dans les tiroirs du Parlement quelques années encore.

En voulant forcer le Conseil fédéral à ouvrir sans délai des négociations en vue d’une adhésion, les initiants ont joué leur va-tout. Très risqué, leur pari est clairement perdu.

Olivier Pauchard

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