Le bonheur des uns fait la déception des autres
Un «oui» dangereux, jugent les comités référendaires contre la loi sur la recherche sur les cellules souches.
Pour les partisans de la loi, le peuple a donné un signal clair en faveur de la recherche suisse et pour la sécurité dans ce domaine.
Pour l’Appel de Bâle contre le génie génétique, à l’origine d’un des référendums contre la loi, le «oui» qui semblait évident a été relativisé par le peuple.
Mais la tactique du salami sera désormais de mise, estime une porte-parole de l’organisation. A l’avenir, on va essayer de faire tomber l’interdiction du diagnostic préimplantatoire et permettre le clonage à des fins thérapeutiques.
Même son de cloche du comité référendaire contre la loi sur l’instrumentalisation d’embryons humains. Il exige de siéger dans la commission nationale d’éthique et de permettre l’adoption d’embryons, a dit son porte-parole Christoph Keel. Cette possibilité existe dans de nombreux pays. Aux Etats-Unis, 25 enfants sont nés de cette manière l’an dernier, a-t-il précisé.
Instrumentalisation de la vie
Ayant soutenu le référendum lancé par l’Appel de Bâle, les Verts craignent que l’acceptation de la loi constitue un pas de plus vers l’instrumentalisation de la vie humaine. Il estime que «le lobby de la recherche et de l’économie» risque d’avoir désormais le champ libre pour produire des embryons à des fins de recherche.
Le Parti évangélique suisse (PEV) prend avec regret connaissance de l’approbation de la loi sur la recherche sur les cellules souches, a-t-il indiqué dans un communiqué.
«Contrôler plutôt qu’interdire»
Pour le comité interpartis «Oui au progrès de la médecine – Oui à la recherche sur les cellules souches», il s’agit d’un vote clair.Les Suisses ont ainsi confirmé le principe «contrôler au lieu d’interdire» qui a fait ses preuves dans la politique suisse en matière de recherche.
Le Parti démocrate chrétien (PDC) estime que l’approbation de la loi fixe un cadre légal à une utilisation responsable des cellules souches qui permettra à la recherche de traiter des malades et d’atténuer des souffrances.
Le Parti libéral suisse (PLS) estime, lui aussi, que les Suisses ont fait clairement le choix de la sécurité plutôt que celui de l’interdiction.
Soutien à la recherche
Le peuple a décidé de soutenir la politique suisse de recherche, a indiqué le Parti radical dans un communiqué. «Une restriction de la liberté de la recherche a été écartée», se réjouissent les radicaux. Il faut à présent rapidement poser les jalons pour une stratégie dans le domaine de la biotechnologie.
Pour le Parti socialiste, la forte acceptation de la loi exprime la volonté de renforcer notre pays en tant qu’économie reposant sur la formation et la recherche. Il faudra s’en souvenir lors des prochains débats budgétaires, quand il s’agira d’accorder les crédits permettant aux hautes écoles et aux chercheurs d’aller de l’avant, a indiqué le PS dans un communiqué.
L’Union démocratique du centre (UDC – droite dure) se réjouit de l’approbation de la loi sur la recherche sur les cellules souches qui renforce l’économie et la recherche suisses. Cette loi réglemente aussi l’utilisation de cellules souches embryonnaires.
Réactions à la péréquation
Les cantons se disent renforcés par le oui à la nouvelle péréquation financière. La droite saisit ce résultat pour réclamer encore moins d’Etat.
Sceptique sur le respect des paroles données pendant la campagne, le Parti socialiste (PS) va réactiver son initiative pour une harmonisation fiscale.
Ce résultat qui a surpris les vainqueurs par son ampleur est un signe de confiance du peuple envers les cantons, a déclaré la présidente de la Conférence des directeurs cantonaux des finances Eveline Widmer-Schlumpf (GR).
Il montre la capacité de la Suisse à se réformer, a renchéri le président de la Conférence des gouvernements cantonaux Luigi Pedrazzini.
Berne et les cantons ensemble
Le conseiller d’Etat tessinois a mis en évidence l’importance du travail en commun entre les cantons et la Confédération pour réformer la Suisse. C’est la deuxième fois cette année que les citoyens font confiance aux cantons, note le conseiller aux Etats Urs Schwaller (PDC/FR), co-président du comité en faveur du oui.
Urs Schwaller met toutefois un bémol à cet enthousiasme qui voit les libéraux parler «d’un nouveau souffle pour le fédéralisme». Il faudra être très attentif lorsqu’il s’agira de modifier 35 lois dont les messages devraient être présentés au Parlement d’ici l’été prochain. Et le démocrate-chrétien de plaider pour soumettre chacune d’entre elles au référendum et non proposer un paquet.
Pour les handicapés notamment, principaux opposants au projet, les lois d’application seront déterminantes. Les organisations d’handicapés vont donc rappeler aux cantons et à la Confédération les promesses faites lors de la campagne.
Poursuivre le «décrassage»
A l’inverse, la clarté du résultat donne des ailes à la droite. Si Charles Favre promet aux handicapés que leurs revendications seront prises en compte, le Parti radical annonce dans un communiqué que l’acceptation de la RPT n’est qu’un premier pas en direction d’un «décrassage de l’Etat».
Le PRD exige du Conseil fédéral l’établissement d’un «portfolio des tâches». En association avec les cantons, la Confédération doit aussi définir un plan de priorités des désengagements.
Dans le même sens, le président de l’UDC Ueli Maurer estime que Berne ne devra pas simplement réengager autrement les ressources libérées par la nouvelle redistribution des tâches, mais faire des économies.
Initiative fiscale du PS relancée
D’où la réaction du Parti socialiste et des syndicats qui disent vouloir veiller au respect des paroles données durant la campagne. Mais pour le PS, la nouvelle péréquation financière ne va pas longtemps réduire l’écart entre cantons riches et pauvres.
La concurrence fiscale entre les cantons l’empêchera, selon le PS. Economiesuisse écrit d’ailleurs: «le oui de dimanche permettra aussi à la concurrence fiscale entre cantons de se poursuivre «sur une base saine».
Le PS veut donc réactiver son initiative pour une harmonisation fiscale matérielle. Le projet avait été mis en veilleuse dans l’attente de cette votation fédérale. Il sera relancé dans le courant de l’année prochaine, le lancement de l’initiative dépendant désormais de l’assemblée des délégués du PS. Celle-ci ne se prononcera toutefois pas déjà en mars, a précisé le président du PS Hans-Jürg Fehr.
Débats su le nouveau régime financier
Pour leur part, Les partis et milieux touristiques sont satisfaits par l’acceptation du nouveau régime financier. Pour Hotelleriesuisse et la Fédération suisse du tourisme (FST), ce vote encourage clairement le gouvernement à maintenir le taux spécial de TVA de la branche touristique.
En acceptant le nouveau régime financier de la Confédération, le peuple a confirmé le taux préférentiel de 3,6 % de TVA accordé à l’hôtellerie, se réjouit le président d’Hotelleriesuisse Christoph Juen. Il souligne que ce taux spécial n’est pas une particularité puisque l’Union européenne le connaît déjà.
La Suisse se maintient ainsi dans le régime européen: elle doit poursuivre dans cette voie si elle veut rester concurrentielle et le corps électoral l’a compris, commente M. Juen. Ce vote donne un signal clair à l’adresse du Conseil fédéral pour qu’il intègre ce taux préférentiel dans son projet de loi sur la TVA.
«Rassurant»
Ce «oui» confirme la compétence de la Confédération de lever des impôts», écrit le PRD dans un communiqué diffusé dimanche. Pour le conseiller national Charles Favres (PRD/VD), la politique financière de la Confédération est accréditée par le verdict des urnes.
Le PS fait part de «sa joie» de voir le nouveau régime financier passer la barre. Cette loi est nécessaire: à la base de 60 % des recettes de l’Etat fédéral, elle est indispensable au bon fonctionnement de l’Etat.
Le PLS est certain que le nouveau régime financier permettra de limiter la charge fiscale et d’augmenter l’attrait de la place financière suisse. Pour les libéraux, l’impôt fédéral direct doit absolument se borner à assurer la solidarité intercantonale.
Surprise à l’UDC
Pour le conseiller aux Etats Urs Schwaller (PDC/FR), le citoyen reconnaît que la Confédération ne peut fonctionner sans l’impôt fédéral directe et la TVA. «C’est rassurant: le peuple n’a nullement l’intention de retirer à la Confédération les moyens dont elle a besoin pour assumer ses tâches».
L’UDC relève elle la part «relativement élevée» de voix contraires, le nouveau régime financier n’ayant pas été contesté durant la campagne. Son président Ueli Maurer interprète cette opposition comme un appel à répartir autrement les compétences fiscales, les communes et les cantons prélevant les impôts directs et la Confédération les taxes indirectes.
swissinfo avec les agences
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