Les Français de Suisse se mobilisent
La plupart des Français de Suisse ne manifestent pas à Paris ce 1er mai. Mais ils participeront massivement dimanche au 2e tour de la présidentielle.
Au nombre de 120 000 à 130 000, les Français qui résident en Suisse constituent la plus grosse communauté d’expatriés tricolores. Pourtant, le 21 avril dernier, ils ne se sont pas précipités dans les bureaux de vote de Berne, Genève, Lausanne ou Zurich.
Au premier tour des élections présidentielles françaises, leur taux de participation a à peine dépassé les 41 %, contre 68 % en 1995, lors du précédent scrutin.
«Nous avons assisté à un résultat assez incroyable, lance Jean-Philippe Guerlais, un Français qui dirige le théâtre des Teinturiers à Lausanne et qui organise des contacts avec des artistes et des intellectuels hostiles à l’arrivée au pouvoir du Front national (FN).
Et Jean-Philippe Guerlais d’avouer: «Aujourd’hui encore, c’est difficile d’encaisser les résultats du 21 avril dernier et surtout le score de Jean-Marie Le Pen».
Une centaine de dossiers d’électeur par jour
Certes, les Français de Suisse ont très largement boudé le chef du Front national (FN) en ne lui accordant que 8 % de leurs suffrages. Jean-Marie Le Pen arrive en effet loin derrière le candidat néo-gaulliste Jacques Chirac (22,6 %) et le candidat socialiste Lionel Jospin (17,8 %).
Quoi qu’il en soit, ils ont décidé de se mobiliser pour le deuxième tour de l’élection de dimanche prochain. Pour preuve les autorités consulaires françaises traitent chaque jour pas moins d’une centaine de dossiers d’électeur.
«En Suisse, nous n’avons pas le droit de faire de propagande officielle, explique Thérèse Espinet, la représentante du RPR (le parti des néo-gaullistes) en Suisse. Nous nous contentons d’adresser des courriers, d’organiser des dîners privés pour sensibiliser nos électeurs.»
Même son de cloche de la part de Pierre Oliviero, le représentant du centriste François Bayrou (7,9 % des voix en Suisse au premier tour). Il déploie toute son énergie en faveur du président sortant Jacques Chirac pour le second tour, notamment en écrivant une vingtaine des lettres chaque jour à l’adresse de ses compatriotes de Suisse.
«Les Français sont aussi des immigrés»
Les Français de Suisse jouent la discrétion. Contrairement à ceux de New York, de Copenhague de Dublin, de Francfort ou encore de Sidney, qui appellent à manifester, pour «rappeler aux électeurs du Front national que les Français peuvent, eux aussi, être des immigrés».
En Suisse, aucun parti politique français n’a organisé de déplacement à Paris pour le 1er mai. «Nous ne sommes pas très favorables aux manifestations, confie Thérèse Espinet du RPR. Il faut éviter les dérapages.»
Représentant du Parti socialiste et membre du Conseil supérieur des Français de l’étranger, Jean-Pierre Capelli n’a pas non plus prévu de mobilisation. Il respecte ainsi le mot d’ordre du grand battu du premier tour, Lionel Jospin, qui a demandé à ses ministres de ne pas défiler dans les rues le 1er mai.
«Le 1er mai n’est pas un jour férié en Suisse, ajoute enfin Jean-Philippe Guerlais. Je ne peux donc pas me rendre en France mercredi.» Comme la plupart de ses compatriotes d’ailleurs.
Le Front national de Suisse à Paris
Finalement, seuls les militants du parti de Jean-Marie Le Pen ont effectué le déplacement à Paris mercredi matin. Ils se sont joints aux délégations des départements de France voisine de l’Ain et de la Haute-Savoie.
Avocat à Genève et conseiller régional FN de la région Rhône-Alpes, Olivier Wyssa devait prendre la tête des militants «frontistes» de l’Ain, un département qui a placé le leader d’extrême droite en tête des candidats à l’élection présidentielle française avec plus de 22 % des voix.
swissinfo/Ian Hamel
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