Pilatus lésé par deux fois au Japon
Un rapport indépendant estime que Pilatus a été désavantagé dans le cadre d'appels d'offres concernant la fourniture d'avions à l'armée de l'air japonaise.
L’avionneur helvétique – vendu l’année dernière par Unaxis à un groupe d’investisseurs suisses – a bel et bien été lésé par les Japonais.
Aujourd’hui, le Parlement japonais revient sur l’appel d’offres d’une cinquantaine d’avions-écoles du ministère nippon de la Défense. Avec la publication d’un rapport indépendant. Mais aussi avec une intervention du principal parti de l’opposition.
Des directives insuffisantes
Si l’on en croît les auteurs de l’enquête en question, les directives administratives fournies pour la procédure d’évaluation ont été «insuffisantes». Une petite phrase qui, pour le député Kohki Ishii, a valeur d’un «aveu».
En clair, le gouvernement japonais prétend se conformer aux règles de sélection internationales. Mais, dans les faits, il protège bel et bien son industrie de l’armement contre toute concurrence étrangère.
Pilatus ne cache pas sa satisfaction. L’avionneur suisse souhaite que le gouvernement japonais admette officiellement que son deuxième appel d’offres n’a pas été aussi transparent qu’il l’avait promis. Pas plus que le premier, d’ailleurs.
Quant aux autorités helvétiques, elles demandent des explications. Cette fois-ci, au ministère japonais des Affaires étrangères.
Les meilleurs tests
Les faits remontent à 1998. Depuis cette année-là, Pilatus cherche, en effet, à fournir à l’armée de l’air japonaise un avion école. Son PC-7 – les tests d’évaluation technique nippons le prouvent – est meilleur que le T-3 de son rival Fuji Heavy.
Pourtant, lors d’une première sélection, c’est le conglomérat japonais qui décroche la commande des 49 avions-écoles. Un contrat d’une valeur de 200 millions de francs.
Mais le contrat est annulé en décembre 1998, peu après l’arrestation du vice-président et d’autres dirigeants de Fuji Heavy. Qui sont accusés d’avoir versé un pot-de-vin au vice-ministre de la Défense de l’époque (Yojiro Nakajima).
Un deuxième appel d’offre
Très embarrassé, le gouvernement nippon lance, en 2000, un nouvel appel d’offre international. Il jure à Pilatus et au gouvernement suisse que, cette fois-ci, la sélection se déroulera dans le strict respect des règles internationales.
Pilatus se met une nouvelle fois sur les rangs. Avec une offre des plus attractives. Mais rebelote: l’avionneur suisse est, une deuxième fois, écarté.
Pilatus crie alors carrément à l’injustice. Et demande des explications aux autorités japonaises.
Une transparence totale
A la fin de 2001, l’agence japonaise de la Défense envoie à Berne l’un de ses représentants. Qui présente au gouvernement helvétique le résumé d’un audit sur les procédures d’évaluation.
Pour l’agence nippone de la Défense, il n’y a aucun doute. L’appel d’offre a été totalement transparent. Et Berne, comme Pilatus, sont priés d’accepter cette conclusion officielle.
Et l’affaire en serait restée là si le Parlement japonais n’avait pas décidé d’intervenir. Si Kohki Ishii – un député du parti Démocratique du Japon – n’avait pas exigé l’ouverture d’une enquête indépendante sur l’octroi du contrat à Fuji Heavy.
swissinfo/Georges Baumgartner à Tokyo
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