Un air d’enterrement à la Une de la presse
La presse nationale est quasiment unanime pour dire que le refus de l'initiative «Oui à l'Europe» est une sévère défaite pour les europhiles. Et il ne faut pas se voiler la face, la question de l'adhésion à l'Union européenne est bel est bien enterrée pour des années.
Une caricature du Temps représente une tombe avec l’épitaphe suivante: «Né le 7 décembre – Mort le 4 mars». Ce dessin résume assez bien l’avis de la plupart des journaux.
La Liberté souligne qu’il s’agit d’une cuisante défaite. Le Matin parle de son côté d’une «gifle à l’Europe». Le quotidien populaire romand indique notamment que la Suisse répudie politiquement l’Europe «par un vote glacial et impudique».
Concernant la responsabilité de cet échec, les avis son partagés. En Suisse alémanique, on pense en général que le résultat de dimanche est somme toute logique, car l’initiative allait trop loin.
Ainsi, la Neue Zürcher Zeitung pense que les citoyens ont une nouvelle fois refusé «les fondamentalismes de tout genre». Le journal rappelle que le peuple avait déjà très clairement refusé en 1997 une initiative de la Lega demandant que le Conseil fédéral ne soit plus habilité à entamer des négociations en vue d’une adhésion.
Certains journaux en Suisse romande sont du même avis. Pour 24 Heures, le vote marque la prépotence du bon sens: «le peuple n’aime pas qu’on le bouscule non qu’on télécommande son gouvernement». La Tribune de Genève pense de son côté que le peuple en a «assez que la question européenne soit l’alpha et l’oméga du débat politique».
D’autres déplorent en revanche le rôle du Parlement ou du gouvernement, qui n’ont pas assez soutenu la cause européenne. Ainsi, pour la Liberté, le Conseil fédéral s’est «tiré une balle dans le pied». Car, désormais, il ne pourra plus faire changer l’opinion avant 20 ans.
Mais le Temps trouve ce débat sur les responsabilités un peu vain. «Autant de possibles procès, autant de fausses illusions», écrit-il. Il faut simplement constater qu’il n’y a pas en Suisse une majorité pour l’adhésion.
Et pour la grande majorité des journaux, cette situation va durer. Pour la Luzerner Zeitung, la question européenne se retrouve dans un «congélateur politique». Le Blick remarque de son côté que ce qui est historiquement juste peut prendre des années avant d’être réalisé, comme l’a montré le vote des femmes.
Du même avis, le Tages Anzeiger le dit sur un ton ironique: l’adhésion de la Suisse sera réalisée en 2027, côte à côte avec l’Ukraine.
Et le gouvernement serait bien inspiré de prendre en compte le coup de frein populaire. «Si le Conseil fédéral veut traiter ce vote comme un incident de parcours, la réalité va le rattraper dès ce matin», écrit le Temps. Pour la Neue Zürcher Zeitung, il ne doit pas considérer ce vote comme une approbation de sa politique.
Reste que le scrutin de dimanche a au moins un aspect positif. Comme l’écrit le Blick, le peuple suisse est unit. Il n’est pas question pour une fois de röstigraben. «Victoire… », titre même l’éditorialiste de la Liberté. Désormais les Romands sont contaminés par la peur de l’Europe.
Dans les autres pays européens, le vote de dimanche n’a pas vraiment retenu l’attention. La nouvelle est diffusée par de petits articles à l’intérieur des pages et écrit sur la base des agences de presse.
Olivier Pauchard
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