Une abdication pour «restaurer la crédibilité»

La fin de règne de Juan Carlos a été marquée par une série de scandales. Reuters

La presse suisse tresse à l’unanimité des lauriers à Juan Carlos, «l’artisan de la nouvelle Espagne», qui a abdiqué lundi en faveur de son fils Felipe. Un tournant toutefois nécessaire dans un pays en crise, où même la monarchie traverse une période difficile.

Ce contenu a été publié le 03 juin 2014 - 09:57
swissinfo.ch

Au lendemain de l’annonce de son abdication après 38 ans de règne, la presse helvétique est unanime à souligner les mérites du roi Bourbon, qui après la mort de Franco en 1975, «a su conduire habilement l’Espagne vers une transition démocratique et vers la modernité», résume Le Temps.

Pour la Tribune de Genève et 24 heures de Lausanne, une date symbolise à elle seule le règne de Juan Carlos: celle du 23 février 1981, «quand, six ans après être monté sur le trône par la ‘grâce’ de Franco, il imposa son autorité et l’ordre démocratique à des putschistes qui s’étaient emparés des Cortes, le Parlement national à Madrid». L’intervention télévisée du roi, vêtu pour l’occasion de l’uniforme des forces armées espagnoles, a été «décisive» et a permis «d’éviter un bain de sang», estime le Corriere del Ticino

La Neue Zürcher Zeitung (NZZ) voit en Juan Carlos «l’artisan» de la nouvelle Espagne: «Presque tous les rois et toutes les reines du monde sont totalement inutiles. Juan Carlos a – au moins pour un certain temps – fait exception à cette règle. Personne ne peut nier les services qu’il a rendus à son pays. Sans son action, la transition de l’Espagne vers la démocratie aurait probablement été plus difficile et sanglante, peut-être même qu’elle aurait échoué», avance le quotidien zurichois.

Même son de cloche dans La Liberté de Fribourg: «L’essentiel, à savoir le rôle du roi dans l’enracinement démocratique de l’Espagne, restera à jamais gravé dans les manuels d’histoire».

L’enfance suisse du roi d’Espagne

Le roi d'Espagne Juan Carlos a passé une partie de son enfance à Fribourg et à Lausanne. C'est dans le chef-lieu du canton de Vaud qu'il a demandé Sofia de Grèce en mariage. Juan Carlos s'était rendu à Lausanne lors de sa visite d'Etat de deux jours en Suisse en mai 2011. Il y avait notamment été accueilli chaleureusement par la communauté espagnole. Sa précédente visite d'Etat remontait à juin 1979.

«De touchants souvenirs familiaux m'unissent à la Suisse», avait alors déclaré le souverain espagnol. Exilé avec sa famille en raison de la dictature franquiste, Juan Carlos a vécu à Lausanne et Fribourg entre trois et huit ans. Il a demandé sa femme en mariage dans la cité vaudoise en 1961.

   

A l'occasion de sa visite d'Etat, le roi avait notamment assuré Berne de l'appui de l'Espagne «dans son processus d'amplification et de révision des accords bilatéraux avec l'Union européenne». Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération, avait quant à elle remercié le souverain espagnol pour ses bons offices auprès de la Libye dans l'affaire des otages suisses.

Source: ATS

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«Pour le bien de son pays»

Reste que démoralisés par une longue crise économique, les Espagnols ont accueilli «sans illusions» la passation de pouvoir entre Juan Carlos et son fils Felipe VI, souligne le Tages Anzeiger. Juan Carlos a été à l’image de l’Espagne de ces quarante dernières années, notent pour leur part la Tribune de Genève et 24heures de Lausanne: «Libérée de la dictature, flambeuse et excessive, puis plombée par la crise».

Fatigué, malade et surtout de plus en plus contesté en raison de scandales à répétition – dont une mémorable chasse aux éléphants en 2012 alors que son pays s’enfonçait dans la crise économique ainsi qu’une affaire de corruption impliquant sa fille et son gendre – Juan Carlos a décidé de lâcher le trône, «pour le bien de son pays», notent les deux journaux francophones.

«Il était temps! L’Espagne n’a pas seulement besoin d’argent frais, mais également d’un nouveau roi», tonne la Basler Zeitung. Cette abdication représente «un tournant pour restaurer la crédibilité», commente pour sa part le Corriere del Ticino. «En renonçant à la couronne d’Espagne dans un moment difficile pour la vie politique de son pays, Juan Carlos s’en va dans un moment tout autant difficile pour de nombreux Espagnols confrontés aux dures conséquences d’une crise économique et de l’emploi qui se prolonge.»

Pas de changement de régime en vue

Et le quotidien tessinois de poursuivre: «C’est aussi pour cela qu’il a voulu passer le témoin à son fils Felipe, qui a certainement plus d’énergie, est apprécié par l’opinion publique et est déjà doté d’une bonne expérience sur la scène internationale». Dans un sondage réalisé au mois de janvier, deux tiers des Espagnols s’étaient prononcés en faveur d’un retrait du monarque âgé de 76 ans, rappelle l’Oltner Tagblatt.

Mais malgré les scandales à répétition qui ont entaché le prestige de la maison royale, un changement de régime n’est pas à l’ordre du jour en Espagne, relève le Bund. «A une époque où les forces centrifugent tirent sur la corde de la cohésion nationale, les institutions centenaires sont un facteur de stabilité».

Le fort mouvement séparatiste qui agite la Catalogne représentera ainsi dans l’immédiat le plus grand défi auquel sera confronté Felipe VI, avance le quotidien bernois: «Une scission serait dramatique pour l’Espagne. Le nouveau roi devra jouer l’arbitre et le modérateur. Juan Carlos n’avait plus la force pour cela. Si le père a mené le pays dans la modernité démocratique, le fils est appelé autant que possible à le faire tenir ensemble».

L'abdication du roi d'Espagne retentit en Suisse

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