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La Suisse à nouveau dans le collimateur américain

Malgré les sanctions occidentales, les navires iraniens restent nombreux dans le détroit d’Ormuz.

Malgré les sanctions occidentales, les navires iraniens restent nombreux dans le détroit d’Ormuz.

(Keystone)

Les Etats-Unis exercent une pression permanente et massive sur la place financière helvétique. Mais désormais, les entreprises de négoce du pétrole basées en Suisse sont également dans le viseur de Washington à cause des sanctions contre l’Iran.

La Suisse a souvent traîné les pieds en matière de sanctions économiques contre l’Iran. Cela s’explique notamment du fait qu’elle est depuis trois décennies la «puissance protectrice des Etats-Unis», c’est-à-dire qu’elle représente les intérêts américains à Téhéran. Aussi parce qu’elle a, durant un certain temps, tenté de servir d’intermédiaire informel au niveau diplomatique dans le cadre du conflit sur le programme nucléaire iranien.

Depuis un an, la Suisse a toutefois renforcé ses sanctions économiques contre l’Iran en les adaptant au niveau de celles de l’Union européenne et des Etats-Unis. Elle n’a cependant franchi cette étape qu’au terme d’une longue pression internationale.

Mais la Suisse est à nouveau au pied du mur: le 23 janvier, les Etats-Unis ont annoncé un nouveau renforcement des mesures prises contre l’Iran pour la mi-2012. Et le 6 février, Barack Obama a encore intensifié les sanctions contre Téhéran. Le président a ordonné le blocage des avoirs du gouvernement iranien et de la banque centrale iranienne aux Etats-Unis. Les instituts financiers iraniens sont également touchés.

Le Seco peu loquace

Selon des informations dévoilées par WikiLeaks, des représentants de l’ambassade américaine à Berne se seraient à plusieurs reprises entretenus avec le contrôle des exportations du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), afin d’éviter la livraison de produits sensibles à l’Iran. Le Seco se serait généralement plié sans délai aux injonctions américaines.

Responsable adjointe de la communication du Seco, Marie Avet n’a pas pu confirmer ces informations de WikiLeaks. Et ne souhaite pas davantage apporter de commentaire. «Je ne peux malheureusement rien vous dire à ce sujet», a été sa réponse à swissinfo.ch.

«Il faut être conscient que les documents de WikiLeaks sont des documents administratifs à usage interne, déclare de son côté la députée Christa Markwalder, membre de la Commission de politique extérieure. Je ne surévaluerais pas WikiLeaks.»

«La Suisse est un Etat souverain avec sa propre politique étrangère, poursuit-elle. Nous avons aussi un mandat de protection des intérêts américains en Iran. Pour les Etats-Unis, nous sommes donc d’un intérêt tout particulier en ce qui concerne l’Iran.»

Responsable de la mise en œuvre des sanctions contre l’Iran au ministère américain des Finances, David S. Cohen a eu des entretiens début février à Berne avec différents représentants de l’administration fédérale suisse, notamment du Seco, révèle le quotidien alémanique Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Mais au Seco, cette information fait l’objet d’un simple «no comment». «Je suis désolée, mais je ne peux pas vous en dire plus», déclare ici encore Marie Avet.

L’ambassade confirme

L’attaché à la presse et à la culture de l’ambassade américaine à Berne se montre en revanche beaucoup plus loquace. Alexander N. Daniels confirme à swissinfo.ch que David S. Cohen était bel et bien présent à Berne pour expliquer à ses interlocuteurs du Ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE) et du Seco les mesures adoptées fin 2011 par le Congrès. Celles-ci doivent entrer en vigueur le 1er juillet.

Ces mesures comprennent le boycott de la Banque centrale iranienne (BCI), qui, selon Washington, a récemment souvent fait office d’intermédiaire financier dans le cadre de transactions pétrolières. Elle financerait aussi une grande partie des importations dont l’Iran a besoin pour son programme nucléaire controversé.

L’attaché de l’ambassade américaine précise par ailleurs que David S. Cohen s’est également rendu en Allemagne et au Royaume-Uni pour y remplir la même mission.

Les cinq sœurs

La Suisse n’importe plus de pétrole iranien depuis 2006. Mais une grande partie du commerce mondial de pétrole se négocie en Suisse. Les cinq plus grandes entreprises de négoce de matières premières qui ont leur siège en Suisse (Glencore, Gunvor, Vitol, Trafigura et Mercuria) gèrent à peu près un tiers du commerce mondial.

La question est de savoir si les Etats-Unis peuvent exiger de la Suisse que ces entreprises appliquent les sanctions. «Concernant les affaires avec les Etats-Unis, il est clair qu’elles devront s’y tenir», explique la porte-parole du Seco.

La même question s’est déjà posée par rapport aux sanctions de l’UE. Mais le problème est que l’ordonnance d’exécution de l’UE n’a été fixée que dans un arrêté. Pour l’heure, on ne sait donc pas comment Bruxelles va les appliquer. «C’est pourquoi nous ne pouvons pas livrer d’autres indications, déclare Marie Avet. Il est toutefois clair que les entreprises devront s’y tenir lorsqu’elles font du commerce ou des affaires avec des pays qui ont déjà introduit ces sanctions.»

«La Suisse est une plaque tournante du négoce des matières premières, par conséquent aussi du pétrole, et il existe quelques grosses entreprises qui sont fortement impliquées dans ce commerce, déclare pour sa part Christa Markwalder. Mais on  ne sait pas avec précision dans quelle mesure cela concerne les produits pétroliers en provenance d’Iran.»

«Mais il est vraiment dans l’intérêt de ces entreprises de se conformer aux sanctions, poursuit-elle. Ces groupes sont actifs au niveau mondial et n’ont donc aucun intérêt à perdre l’accès au marché américain.»

Quelle réponse suisse?

Le gouvernement suisse doit discuter de la réaction à apporter au durcissement des sanctions de la part de l’UE et de la pression exercée par les Etats-Unis. Pour prendre sa décision, l’exécutif se base sur les évaluations du Seco.

«Notre commission sera une nouvelle fois appelée à se prononcer sur ce thème, relève Christa Markwalder. La Suisse aurait besoin d’arguments vraiment très bons pour se tenir à l’écart des sanctions des pays occidentaux. Certes, nous jouons un rôle un peu particulier en raison de notre mandat de puissance protectrice en Iran. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous tenir à l’écart des sanctions et d’offrir ainsi une plateforme pour des opérations visant à les contourner.»

Relations économiques

Le volume des échanges entre la Suisse et l’Iran a atteint 703 millions de francs en 2011.

La Suisse a exporté pour 673 millions de francs de biens en Iran et en a importé pour environ 30 millions.

Par rapport à l’année précédente, les exportations ont diminué de 4,1% et les importations de 31,6%.

Les principaux bien d’exportation de la Suisse sont les produits pharmaceutiques, les machines et les produits agricoles.

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Iran – Suisse

1917: l’Iran ouvre une ambassade à Berne.

 

1919: la Suisse ouvre un consulat général à Téhéran.

1936: le consulat devient ambassade.

 

1979: en pleine révolution islamique, des étudiants iraniens envahissent l’ambassade américaine à Téhéran et retiennent le personnel en otage pendant 444 jours.

1979: les Etats-Unis interrompent leurs relations diplomatiques avec l’Iran.

1980: la Suisse représente les intérêts américains en Iran et assure le service consulaire pour les citoyens américains.

2008: la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey se rend en Iran pour assister à la signature d’un contrat de fourniture de gaz entre l’entreprise zurichoise EGL et les autorités iraniennes. Cette visite suscite de vives critiques en Suisse et à l’étranger.

18 août 2010: la Suisse adopte les sanctions décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Iran, qui a refusé de suspendre son programme nucléaire.

19 janvier 2011: le gouvernement suisse décide d’adopter les sanctions contre l’Iran appliquées par les principaux partenaires commerciaux de la Suisse, les Etats-Unis et l’Union européenne.

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(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard), swissinfo.ch


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