Biodiversité: la Suisse quitte La Haye satisfaite
Fin de la Conférence de La Haye sur la biodiversité et satisfecit de la délégation suisse: son projet de certification a passé la rampe.
Les pays signataires de la Convention des Nations Unies sur la biodiversité ont mis un terme, vendredi à La Haye, aux Pays-Bas, à leur sixième conférence.
La coopération mondiale en matière de gestion des ressources biologiques de la planète a sans doute marqué quelques points.
Mercredi et jeudi, cette conférence avait culminé dans des rencontres au niveau ministériel. Pas de grands discours, mais une atmosphère studieuse qui, nous a-t-on dit, avait agréablement surpris le ministre suisse de l’environnement, Moritz Leuenberger.
Dans leur déclaration, qui se veut par ailleurs un encouragement au sommet de la terre à Johannesburg d’août prochain, les ministres disent se faire du souci quant à la disparition des ressources naturelles de la planète.
De nouvelles règles pour un partage équitable
Ils promettent en conséquence de tout faire pour «arrêter d’ici à 2010 la perte de la biodiversité». C’est donc une bonne nouvelle, qui reste à prouver, pour une multitude d’espèces animales et végétales dont dépend la survie de l’humanité.
Du côté suisse, on insiste surtout sur l’adoption de nouvelles règles sur l’accès aux ressources génétiques et sur le partage des avantages que peuvent et devraient en retirer à la fois les pays qui les détiennent et ceux qui ont les moyens technologiques de les exploiter.
L’ambassadeur Beat Nobs, qui conduisait la délégation helvétique, se dit personnellement satisfait. Le système de certification volontaire qu’il défendait avec ses collègues a passé le cap. Il permettra de vérifier que les entreprises demandeuses de ressources génétiques respectent les mesures de protection prises par les pays fournisseurs.
«C’est bien, dit Beat Nobs, d’avoir une sorte de vade-mecum dans les mains lorsqu’on veut négocier ce genre de questions. Chacun trouvera là le moyen de sauvegarder et de faire valoir ses intérêts.»
Une base pour un code de conduite
Satisfaction également du côté de Syngenta, la multinationale bâloise spécialisée dans la diffusion de solutions agricoles et donc tout à fait concernée par la proposition suisse. Laquelle, à ses yeux, présente plusieurs avantages.
Le fait par exemple que le système de certification repose sur une base volontaire, nous disait-on au début de la Conférence, signifie aussi qu’il sera flexible. C’est un argument auquel les pays propriétaires de ressources génétiques sont également très attentifs.
Du point de vue des développeurs de technologie, dit encore Syngenta, ces lignes directrices sont suffisamment précises pour servir de base à un code de conduite. C’est une proposition où tout le monde avait donc à gagner.
C’est un avis que ne partagent pas forcément les ONG. L’association tiers-mondiste suisse de la Déclaration de Berne estime par exemple qu’il faudrait aller plus loin qu’une base volontaire et développer une règle universelle applicable par tous.
Consensus minimum sur la forêt
La Conférence de La Haye, après de longues négociations, a finalement adopté un programme de lutte contre la déforestation. Mais ce laborieux consensus, compte tenu des divisions entre pays industrialisés et pays tropicaux, ne fait sans doute que retarder les vraies solutions.
En adoptant le plus petit dénominateur commun, chacun a pu ainsi préserver ses intérêts: les forêts dites primaires ne seront guère plus protégées qu’auparavant, on continuera de fermer les yeux sur les coupes illégales de bois, les pays riches n’auront pas trop à débourser pour aider les plus pauvres, et l’horizon 2012 fixé à l’application de ce programme reste somme toute assez éloigné.
D’où l’évaluation assez mitigée que nous en fait l’ambassadeur Beat Nobs: il avait espéré un plan d’action un peu plus audacieux, mais mieux vaut un programme auquel tout le monde adhère que pas de programme du tout. La Suisse se fera en tout cas un point d’honneur à l’intégrer à son propre programme forestier.
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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