Conférence de l’éducation: bien, mais peut encore mieux faire
A Genève, la Conférence internationale de l'éducation a clos samedi ses travaux avec notamment une séance consacrée à la place de la société civile dans l'action éducative. Une occasion pour la Suisse de rappeler aussi l'importance de la décentralisation.
Aucune déclaration commune n’était prévue à l’issue des quatre jours de la Conférence organisée sous les auspices du Bureau international de l’éducation (BIE) et de l’UNESCO. Les 127 délégations gouvernementales présentes se sont simplement mises d’accord sur un document récapitulant quelques conclusions générales tirées des différents débats.
On en retiendra d’abord que «l’un des défis majeurs posés aujourd’hui aux systèmes éducatifs reste celui d’assurer et de respecter le droit à l’éducation pour tous». Il y a lieu de s’inquiéter, entre autres, des inégalités d’accès et des risques d’exclusion dans des domaines comme ceux des langues, de la science et de la technologie.
L’accent est mis aussi sur la nécessité de considérer les réformes dans le domaine éducatif «davantage comme des processus que comme des produits» et de faire en sorte que les nouvelles pratiques pédagogiques qui promeuvent «le vivre ensemble» (c’était le thème principal de la Conférence) soient plus largement diffusées.
Relire l’histoire pour promouvoir la paix
Ainsi en va-t-il des efforts d’initiation à la citoyenneté. Dans ce domaine, nous dit Mme Martine Brunschwig-Graf, cheffe de la délégation suisse, «on ne peut pas tout résoudre par le contenu lui-même, mais aussi par la méthode, c’est-à-dire la façon dont on organise l’école, dont on fait participer les élèves et dont on relie l’école au reste de l’environnement».
Autre exemple qui concerne cette fois les manuels d’histoire: il faut en faire une relecture qui tienne compte aussi de cette volonté d’éducation à la citoyenneté et à la paix. «On ne peut pas avoir des matériels pédagogiques guerriers ou sexistes, ou qui dressent les religions les unes contre les autres. Il faut que ce que l’on dit devienne ce que l’on fait.»
A propos de l’ultime thème abordé samedi matin par la Conférence, Martine Brunschwig-Graf rappelle aussi que «si l’on veut faire participer la société civile, il faut lui donner un nom et parler de tout ce qui fait la vie en société, organisée ou non organisée: les parents, les milieux économiques, les milieux syndicaux, etc.»
Cela signifie aussi que, s’agissant de l’école, «on ne peut pas avoir un système trop centralisé». D’où la ferme conviction de celle qui préside aussi aux destinées de l’Instruction publique genevoise qu’en Suisse les cantons doivent être et doivent rester les principaux responsables de l’éducation de base et de l’école obligatoire.
Le second souffle du BIE
La Conférence internationale de l’éducation s’est donc achevée sur un certain succès, qui devrait réconforter une institution qui en avait bien besoin. Le BIE, qui a son siège à Genève, sort en effet d’une passe difficile à plusieurs points de vue. Le dynamisme de sa nouvelle directrice, Mme Cecilia Braslavsky, paraît aujourd’hui un gage de renouveau.
Certes la Conférence elle-même a encore beaucoup à apprendre en matière de dialogue. En coulisses, de nombreux participants se disent frustrés du manque de spontanéité dans les débats et du caractère toujours très formel des interventions ministérielles, sans parler de certaines prises de tribune à des fins partisanes.
Mais tous admettent qu’en matière de contacts personnels, leurs attentes ont été remplies. Et confirment que le BIE semble avoir trouvé sa place dans l’architecture des organisations internationales. Les délégués de la Conférence le voient d’ailleurs assez bien dans un rôle d’observatoire des tendances et des pratiques nouvelles dans le domaine éducatif.
Ce n’est pas la Suisse qui s’en plaindra, elle qui s’est passablement battue pour que le BIE retrouve un second souffle, par le biais de contributions financières fédérales ou celui de collaborations avec l’Université de Genève. Et c’est tant mieux, dit-on, puisqu’à l’origine de cette institution internationale se trouvait le célèbre pédagogue genevois Jean Piaget.
Bernard Weissbrodt, Genève
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