Dialogue de sourds entre Nestlé et les écolos
Une délégation de Greenpeace était cette semaine chez Nestlé pour parler OGM. Mais les revendications des écologistes n'ont pas eu l'écho attendu.
«Les OGM (organismes génétiquement modifiés) n’ont rien à faire dans les champs ni dans nos assiettes ni dans les aliments de nos enfants.» C’est le message que l’organisation écologiste Greenpeace voulait passer à la direction de la multinationale Nestlé.
Mardi, une délégation internationale s’est donc rendue à Vevey au siège de la firme alimentaire. Pour une visite «absolument non spectaculaire», précisaient d’avance ces écologistes dont on sait qu’ils savent particulièrement manier l’action en même temps que la parole.
«Conséquences imprévisibles, incontrôlables et irréversibles»
Les questions mises sur le tapis portaient sur la politique de la multinationale en matière d’OGM, sur l’évaluation des risques pour l’environnement et la santé, et sur les assurances qu’elle entend donner aux consommateurs, du Nord et du Sud.
En plus clair, Greenpeace exige de Nestlé qu’elle renonce à fabriquer et à commercialiser des OGM. Car, précisent les écologistes, «les conséquences à long terme de la culture de plantes transgéniques et de leur consommation sont imprévisibles, incontrôlables et irréversibles».
Greenpeace a fait savoir mercredi qu’elle n’avait pas eu gain de cause: «Nestlé semble continuer à considérer le génie génétique comme une perspective d’avenir dans le secteur alimentaire. Elle n’y renonce que lorsque la législation ou une forte et continuelle résistance des consommateurs l’y force.»
Les arguments de Greenpeace ne nous convainquent pas, répond François Perroud, porte-parole de Nestlé: «Nous sommes une société globale qui dépend de la recherche et de l’innovation. Nous ne pouvons donc pas nous déclarer d’accord avec une interdiction d’une technologie qui offre, selon la FAO, l’OMS et l’ONU, un grand potentiel d’amélioration de la situation alimentaire mondiale.»
Nestlé va donc continuer à travailler sur des produits OGM. Et elle le fera, dit-elle, «de façon responsable et réfléchie», dès lors que ces produits répondent en tous points «à des critères de qualité et de sécurité».
Une bataille sur fond de mondialisation
Si Greenpeace s’en est allé frapper à la porte de la maison-mère, c’est parce que ses militants asiatiques, quand ils s’adressent aux filiales nationales de Nestlé, se voient toujours répondre que les décisions stratégiques sont prises à Vevey.
Dans la foulée, les écologistes dénoncent une pratique qui, selon eux, voudrait «que l’on refile aux pays émergents les produits que les Européens et les Nord-Américains ne veulent plus».
Une accusation que François Perroud réfute vigoureusement: «il est faux de dire que nous appliquons deux standards, notre politique est la même partout, nous utilisons les produits approuvés là où la législation l’autorise et là où le consommateur est prêt à les consommer».
Chez Nestlé on dit ne pas vouloir fermer la porte au dialogue. Et Greenpeace affirme sa ferme résolution de poursuivre son engagement «pour une production alimentaire exempte de génie génétique». Tout cela ressemble fort à un dialogue de sourds.
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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