Festival Médias Nord-Sud: premiers prix à une TV belge et à un réalisateur chilien
Le 16e Festival Médias Nord-Sud de Genève s’est achevé vendredi soir avec la proclamation du palmarès des divers concours. En exergue: un reportage de la TV belge flamande sur la vie quotidienne au Sénégal et un documentaire sur la dictature chilienne.
Le 16e Festival Médias Nord-Sud de Genève s’est achevé vendredi soir avec la proclamation du palmarès des divers concours. En exergue: un reportage de la TV belge flamande sur la vie quotidienne au Sénégal et un documentaire sur la dictature chilienne.
«Homme mord chien»: sous ce titre, la Télévision belge d’expression flamande (VRT) et l’un de ses réalisateurs Stev van Thielen avaient choisi de présenter une sorte de compilation de fragments de vie au Sénégal, des cars-rapides à Internet en passant par le coiffeur et le recyclage de matériaux. Il décrit en quelque sorte la réalité africaine de tous les jours, débrouille, système D et tous ces petits trucs et comportements astucieux qui font que chacun parvient à vivre et que la société finit elle aussi par bouger. Le jury du Prix international de télévision de Genève y a vu une invitation très stimulante en termes d’initiatives pour le développement. On n’y voit pas que la misère et l’homme qui la subit.
Du côté des réalisateurs indépendants, le premier prix récompense le travail documentaire patient, lucide et intrépide entrepris par Patricio Henriquez, réalisateur d’origine chilienne vivant aujourd’hui au Canada. «Image d’une dictature» a le mérite de clarifier le débat sur le régime Pinochet. C’est en tout cas l’avis de Bernard Debord, l’un des membres du jury, lui-même réalisateur, jadis primé pour un reportage réalisé en Turquie. «On y voit, dit-il, tout le courage d’un peuple confronté à la terreur d’État; grâce à un merveilleux travail de collecte d’archives et de construction du récit, Patricio Henriquez nous montre d’un côté les discours de la junte chilienne et le cynisme d’une armée qui s’arroge le pouvoir, de l’autre les combats d’un peuple qui résiste quelque soient les coups qu’on lui porte. La démonstration est imparable.»
Sur l’ensemble de la production offerte cette année au Festival, c’est une bonne cuvée, disent les membres des deux grands jurys à l’issue d’une semaine de visionnages et de délibérations. Avec visiblement un peu plus d’enthousiasme du côté du concours des réalisateurs indépendants. Ce qui les a tous réjoui ou presque, ce n’est certainement pas les sujets qu’ils ont vus sur leurs écrans, ce flot d’images qui prouvent qu’il existe de par le monde d’immenses problèmes liés à l’absence de libertés ou à des conditions de vie misérables. Mais ces sujets difficiles, il est des gens de télévision qui savent manifestement les traiter avec beaucoup de dignité, sans concession au sensationnalisme. C’est toujours la grande leçon de ce rendez-vous des documentaires TV consacrés au développement.
Certains soulignent également que ces réalisateurs sont en train de prendre en compte la problématique de la «globalisation», dans ce sens qu’ils portent, avec le recul, un regard beaucoup plus international sur les situations de pauvreté, sur leurs causes et leurs effets. Les malheurs du monde ne sont plus passés séparément sous la loupe, on les replace dans le grand puzzle de la société mondiale. Cette nouvelle approche a sans doute quelque chose d’angoissant, constate l’un des membres du jury, mais elle démontre aussi qu’un peu partout l’on a désormais conscience que ce genre de problèmes concerne vraiment la planète entière. Le Nord autant que le Sud. Et réciproquement.
Bernard Weissbrodt
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